Mennel Ibtissem, actrice et victime de son fanatisme religieux

Mennel Ibtissem, actrice et victime de son fanatisme religieux
Mennel Ibtissem. Source : Lallab

       Samedi 3 février 2018, nous avons pu découvrir, dans The Voice sur TF1, Mennel Ibtissem, une jolie jeune femme de 22 ans. Comme de nombreux téléspectateurs, j'ai été touché et j'ai ressenti des frissons en écoutant sa reprise de "Hallelujah". Sa voix est aussi belle que son visage est télégénique.

Mais derrière la chanteuse, elle est l'image, sans doute malgré elle, de toute une génération nourrie par l'islamisme qu'elle croit être le seul et véritable islam. Mennel Ibtissem est ce qu'on appelle une islamiste frériste, une musulmane qui adhère non pas à l'islam en tant que tel mais à la doctrine des Frères Musulmans, avec toute la panoplie idéologique qui l'accompagne. Son passage dans une telle émission relève ainsi d'un enjeu politico-religieux. Les virulentes réactions depuis la diffusion, pour la soutenir ou la décrier, ne sont que la surface d'enjeux plus profonds.

Comme nombre de personnes connectées, Mennel Ibtissem utilise les réseaux sociaux pour exprimer ses goûts et ses opinions. On peut retracer ainsi une bonne partie de sa construction religieuse et de ses dérives.

Parmi ses idoles, il y a bien sûr Tariq Ramadan. Petit-fils du co-fondateur des Frères Musulmans, fils d'un disciple de son grand-père (qui devint son gendre), il a toujours revendiqué l'héritage idéologique de son aïeul. Mais il a su dissimuler son idéologie pour présenter un visage plus ou moins acceptable. Il est le prédicateur islamiste le plus influent que la France ait jamais connu. Il a su endoctriner un nombre conséquent de musulmans et convaincre que le voile, arme politique principale des islamistes, serait une forme de "pudeur" librement choisie. Mennel Ibtissem en est une illustration.

Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises

Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises

Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises

Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises

Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises
Mennel Ibtissem s'est faite le relais de Tariq Ramadan à de nombreuses reprises.
Il y a également Hassan Iquioussen qu'elle apprécie beaucoup. Il est une des "stars" des Frères Musulmans français. Prédicateur cadre de l'UOIF, ses conférences et prêches en vidéo se comptent par dizaines. Il s'était rendu célèbre en 2003 par une conférence antisémite particulièrement violente.

Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen

Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen

Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen

Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen

Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen
Mennel Ibtissem admire le "professeur" Frère Musulman Hassan Iquioussen.
Ses deux références ont plusieurs points communs. Issus des Frères Musulmans, ils sont antisémites (Tariq Ramadan a, par exemple, dénoncé un complot j… sioniste dans l'affaire de viol qui le concerne), homophobes et sexistes. Ils sont également dans la victimisation permanente des musulmans et placent l'islamité au-dessus de la citoyenneté. Bref, ce sont des intégristes et Mennel les adore. Elle marque également une certaine cohérence en faisant aussi la promotion de Dieudonné.
Mennel Ibtissem ne comprend pas pourquoi l'antisémitisme de Dieudonné pose problème
Mennel Ibtissem ne comprend pas pourquoi l'antisémitisme de Dieudonné pose problème.
Comme tous les islamistes, elle est obsédée par la Palestine. Ses publications à ce sujet sont très nombreuses. Elle avait même, il y a quelques années, interprété une chanson et participé à un clip vidéo à ce sujet. Le producteur est le "Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens". C'est une association affiliée à l'UOIF, la branche française des Frères Musulmans.


En revanche, ce qui se passe en France ne l'inspire pas beaucoup. Moins sensible au drame de ses compatriotes, elle n'a rien chanté en janvier 2015, ni en novembre 2015 ou en juillet 2016. Elle n'a quand même pas manqué de réagir…

Mennel Ibtissem est adepte de la théorie du complot
Mennel Ibtissem est adepte de la théorie du complot.
La théorie du complot est très répandue, surtout chez les islamistes. Dédouaner les terroristes qui tuent au nom des idées qu'elle partage est un réflexe habituel. L'argument de la carte d'identité oubliée est un classique de leur ignorance cultivée par ceux qui n'en ignorent rien, à commencer par Tariq Ramadan. Complotiste à ses heures, Il fait mine de se poser des questions sur les "détails troublants de carte d'identité oubliée" lors de l'attentat contre Charlie Hebdo.
Nous n'avons pas affaire à des cambrioleurs ou des assassins qui souhaitent ne pas être retrouvés. Ce sont des djihadistes dont le but ultime est de mourir "sur le sentier de Dieu", tel que prôné par les fondateurs des Frères Musulmans. Ils se voient comme des martyrs dont le sacrifice doit être connu de tous. Ils sont donc hantés par le risque de ne pas être identifiés. Avoir avec eux leur carte d'identité n'est pas une légèreté. C'est un choix bien réfléchi. Un choix motivé par un autre élément bien plus pragmatique. Si le projet échoue, la fuite doit pouvoir être assurée. Les papiers d'identité sont dès lors indispensables en cas de contrôle inopiné ou de franchissement de frontière (Salah Abdeslam a été contrôlé trois fois pendant sa fuite, sans être arrêté). Mais Mennel a la même réaction que ses coreligionnaires fanatiques influencés par leurs prédicateurs. Elle monte sur ses grands chevaux et imagine avoir tout compris mieux que tout le monde. L'aveuglement et l'ignorance se transforment en certitude détenue par des personnes qui seraient supra intelligentes.

La réaction de Mennel Ibtissem à l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray
La réaction de Mennel Ibtissem à l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray .
Cet autre tweet a été publié suite à l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray commis le 26 juillet 2016. Elle y dédouane encore les islamistes pour, cette fois, accuser le gouvernement.
Nous retrouvons l'ensemble de ces théories sur tous les sites complotistes, à commencer par les sites islamistes. Mennel ne fait que répéter ce qu'elle voit partout sur ces sites qu'elle fréquente, sans mesurer l'énormité de ces propos.

Elle est aussi fan d'une ONG fondée par des salafistes dont le président refuse de serrer la main des femmes, et qui est surveillée par les services de renseignements : Baraka city. Ayant des origines syriennes, sa sensibilité à la guerre en Syrie est normale et louable. Mais le choix d'une telle association plutôt qu'une autre n'est pas anodin.

Mennel Ibtissem préfère soutenir une ONG islamiste pour son action humanitaire envers la Syrie

Mennel Ibtissem préfère soutenir une ONG islamiste pour son action humanitaire envers la Syrie
Mennel Ibtissem préfère soutenir une ONG islamiste pour son action humanitaire envers la Syrie.
Elle préfère toutefois les Frères Musulmans aux salafistes. En plus de Tariq Ramadan et Hassan Iquioussen, elle partage aussi des publications de Nabil Ennasri qui est un pur produit de la confrérie. Fan de Youssef Al-Qaradhawi (homophobe, antisémite et ultra sexiste, il est le dernier grand théologien frériste encore en vie), N. Ennasri a été formé à l’Institut Européen des Sciences Humaines créé par l’UOIF et dont le parrain est justement Al-Qaradhawi. Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie frériste. Répondant au désir prosélyte de l'institut, il est entre autres président du Collectif des Musulmans de France. Un collectif qui a pour objet la diffusion de l'islam version Frères Musulmans auprès des musulmans français avec "pour axes prioritaires de réflexion et d'action l’éducation, la spiritualité et l’action sociale, citoyenne et politique". Homophobe et dans la victimisation permanente, il donne régulièrement des conférences politiques où il clame à quel point les musulmans seraient persécutés et violentés en France.


Mennel Ibtissem apprécie les analyses politiques d'un des Frères Musulmans français les plus actifs, Nabil Ennasri
Mennel Ibtissem apprécie les analyses politiques d'un des Frères Musulmans français les plus actifs, Nabil Ennasri.
Mennel partage également Marwan Muhammad, l'ex-directeur du CCIF qui considère que les musulmans forment un peuple supérieur qui a vocation à diriger le monde.

Mennel Ibtissem apprécie aussi la ligne islamiste du CCIF et de Marwan Muhammad
Mennel Ibtissem apprécie aussi la ligne islamiste du CCIF et de Marwan Muhammad.
Elle n'a pas pu manquer un texte signé par Nabil Ennasri, Baraka city et Marwan Muhammad le 30 novembre 2015, deux semaines après les attentats (1). Un texte victimaire à outrance publié sur le site du CCIF qui explique, suite aux perquisitions dans les milieux islamistes, qu'il faut "consoler les enfants réveillés en pleine nuit, sécher les larmes et réveiller les coeurs de nos frères et soeurs, en foi comme en humanité". Ils expliquent qu'il faut "assister des gens discriminés et agressés pour leur religion ou leur couleur de peau". Voilà à quoi est intellectuellement nourrie Mennel Ibtissem.

La vision de la femme par ces "sources intellectuelles" a 200 ans de retard, mais ça ne gêne aucunement Mennel. Cela correspond même plutôt à sa conception au vu de ce qu'elle peut partager sur sa page.
Mennel Ibtissem exprime sa vision rétrograde de la femme à travers une citation religieuse
Extrait d'une publication de Mennel Ibtissem sur sa page Facebook datant du 11 septembre 2016. C'est une citation religieuse à travers laquelle elle exprime sa vision rétrograde de la femme.
En tant qu'intégriste, notamment par ce type de publications, elle adhère évidemment au sexisme du voile. Une fois convaincue, elle devient elle-même ce que les prédicateurs islamistes attendent d'elle : une arme politique prosélyte pour la "salafisation" de l'islam. Le racisme et le sexisme du voile se transforment en "vêtement religieux". Toute opposition peut ensuite être considérée comme non respectueuse des pratiques religieuses. Le voile étant aussi transformé en identifiant ethnique, la culpabilisation par l'anathème de racisme est brandie face à toute critique. Elle multiplie alors les publications de propagande en faveur du voile.






Mennel Ibtissem, pur produit des Frères Musulmans, est devenue une militante active pour la promotion du sexisme au nom du religieux.
Comme tous les Frères Musulmans qui désirent l'imposer à la société, elle occulte totalement la raison d'être sexiste du voile pour donner l'image d'un simple choix, une forme de liberté pour le port d'un vêtement qui serait anodin. Son fanatisme l'amena logiquement vers l'association frériste la plus en pointe dans la modernisation marketing de l'intégrisme musulman : Lallab.
Elle a alors troqué son hijab pour un turban, sur le modèle de Attika Trabelsi, une des militantes emblématiques de Lallab. Loin d'être fidèle à l'islam, le turban permet de rester fidèle à l'islamisme. Le voile cachant la femme n'a jamais figuré dans le coran qui ne mentionne explicitement que la poitrine. Dissimuler les cheveux ou tout le corps, selon le degré de zèle, est une prescription intégriste inventée de toutes pièces pour définir ce qu'est la femme : un objet sexuel tentateur qui doit être caché pour ne pas exciter les hommes.
Le turban ou les hijabs fashion et colorés n'ont pas vocation à moderniser l'islam mais à toiletter l'islamisme sur le plan marketing. Le voile se raccourcit, mais l'idéologie reste la même. Coincées entre leur fanatisme, suite à un prosélytisme efficace, et leur désir d'avoir un minimum de liberté dans notre monde (dont celle de chanter…), ces femmes islamistes tentent de trouver un compromis. Mais elles reconnaissent quand même dans l'intégrisme musulman le véritable islam comme but idéal à atteindre.

Mennel Ibtissem au service de l'intégrisme religieux de Lallab

Mennel Ibtissem au service de l'intégrisme religieux de Lallab

Mennel Ibtissem au service de l'intégrisme religieux de Lallab

Mennel Ibtissem au service de l'intégrisme religieux de Lallab
Mennel Ibtissem au service de l'intégrisme religieux de Lallab.
En se rapprochant ainsi de Lallab et en se présentant comme une "artiste musulmane" dont le voile est l'élément identitaire, Mennel Ibtissem met clairement sa passion pour la musique au service de son action politico-religieuse qu'elle revendique et qu'elle défend. Le voile, à travers son turban, est la manifestation de cet outil politique. Ainsi, au-delà de son rêve sincère de percer dans la musique, sa participation à The Voice est aussi la consécration pour elle de son militantisme islamiste.
Elle s'inscrit dans un vaste projet mené par les islamistes depuis longtemps dont nous pouvons avoir un aperçu dans la capture d'écran, ci-dessous, de la page Facebook de Lallab.

Commentaires d'un article publié par Lallab où sont exposés le désir et la stratégie de conquête de ses militantes
Commentaires d'un article publié par Lallab où sont exposés le désir et la stratégie de conquête de ses militantes
Les écrits de cette capture sont des commentaires concernant un des articles de Lallab (2). Un article qui tente comme toujours de faire passer le voile pour un simple vêtement religieux. Nous retrouvons là la stratégie politique d'identifier la musulmane au voile. Une musulmane ne deviendrait vraiment pieuse et proche de Dieu que lorsqu'elle serait bâchée. Et celles qui ne se voilent pas ?...
Comme toujours avec Lallab et l'ensemble des islamistes, l'unique raison d'être du voile (son racisme, le sexisme et le patriarcat) est occultée. Ils mettent toujours en avant leur invention spirituelle pour à la fois séduire les musulmanes, rassurer la société et culpabiliser toute opposition.
On peut alors dérouler tout le discours victimaire de la martyre qui baignerait dans une société "religieusement" intolérante. L'intégriste qui témoigne dans l'article exprime aussi son rêve de voir des femmes voilées partout y compris à l'Assemblée Nationale. Et c'est ce qu'elle appelle... la laïcité.
Je rappelle que cet article et les commentaires sont publiés sur le site et la page Facebook de Lallab, cette association qui se présente comme areligieuse, apolitique et qui récuse l'accusation d'appartenance à l'idéologie des Frères Musulmans…

Les commentaires dans l'image ci-dessus font suite à l'article en question. On peut noter la gravité des propos par leur désir de conquête intégriste (l'auteure du premier commentaire travaille par exemple à l’Éducation Nationale).
Ce ne sont malheureusement pas quelques paroles perdues sur la page "féministe" de Lallab. En 2004, j'avais assisté pour la première fois à une conférence des Frères Musulmans où j'entendais déjà ce discours antiféministe à la fois victimaire et conquérant, avec les mêmes termes. Des propos que j'ai régulièrement entendus par la suite.
Les salafistes ne sont pas sur la même ligne. Ils estiment que la place de la femme est à la maison, qu'elle ne doit être en contact avec aucun homme. C'est ce qui rend l'intégrisme frériste moins grave aux yeux de certains. Cela confirme aussi que Lallab n'est pas une association féministe areligieuse mais bien une association intégriste issue de l'idéologie des Frères Musulmans, avec tout le projet politique de conquête "religieuse" qui l'accompagne. Mennel Ibtissem en est un des rouages.

Cela nous amène à la conclusion habituelle. Au-delà de son sexisme qui ramène la femme à sa supposée infériorité ancestrale, le voile est aussi un étendard identitaire et surtout politique. Il n'a jamais eu de dimension spirituelle.

Les publications de Mennel Ibtissem citées ont été postées entre janvier 2016 et mai 2017. Ses idées ont pu évoluer depuis. Il semble que son fanatisme se soit atténué, mais pas totalement.

Lors d'une interview, suite à son passage à The Voice (3), on lui pose la question suivante : "pourquoi portez-vous un turban sur vos cheveux ?" Sans qu'on ne lui fasse la moindre allusion à la religion, elle répond d'emblée qu'elle est de confession musulmane. Elle affirme ainsi le lien direct entre les deux et ressent ensuite le besoin de se justifier. Elle porterait le turban uniquement parce que c'est son style. Mais il lui est inconcevable d'imaginer être sans. Elle compare alors son turban avec les lunettes de soleil de Maitre Gims. Or, ce chanteur ne court aucun risque d'être insulté de "pute" ou accusé de n'avoir aucune pudeur par des intégristes s'il se baladait sans ses lunettes. Aucun islamiste ne brandirait la peur des flammes de l'enfer en cas de non port desdites lunettes. L'intransigeance de Mennel Ibtissem est bien la preuve d'un conditionnement. Comment parler de "choix" ou d'accessoire de mode lorsqu'il lui est psychologiquement impossible de faire autrement ?



Nous sommes dans la rhétorique classique des islamistes : affirmer son islamité dans sa version sexiste et politique par le voile tout en expliquant vouloir refuser d'être identifié par son appartenance religieuse frériste.

Son interprétation de "Hallelujah", chanson de Leonard Cohen, a aussi été bien pensée. Cette chanson a, à l'origine, une dimension spirituelle puis érotique. Elle commence par le 1er couplet, spirituel, puis abandonne la version originale pour éviter le côté érotique et passer à une version en arabe encore plus religieuse. Elle donne d'abord le sentiment d'une ouverture culturelle, le désir de rapprocher les musiques et les langues. Mais pour les arabophones et musulmans religieusement sensibles, elle tient un discours religieux subtil.

A l'issue de son passage, elle n'a toujours pas conscience de la gravité de ses opinions extrémistes. Même si, peut-être, ses opinions se seraient adoucies avec le temps. Noyée par toutes les connaissances apportées par les intégristes, elle ne voit aucun mal à tout ça. Pour elle, c'est la norme. Au point de ne pas avoir eu la présence d'esprit de nettoyer sa page Facebook avant de passer devant des millions de téléspectateurs et d'être exposée à la France entière. Dans cette affaire, elle est la première victime du fantasme complotiste tiré de son idéologie islamiste. Elle est la première victime de son sexisme religieux. Elle ne manquera sans doute pas d'en reporter la faute sur les "racistes" et "islamophobes" qui ont mis au jour son arrière-cour.

C'est là tout le drame d'une partie de cette génération de musulmans, quand d'autres ont fait le choix d'un islam spirituel et moderniste (certains ont sans doute d'ailleurs été candidats à The Voice sans que cela ne pose aucun problème). Elle est la quintessence de ces militants islamistes issus des rangs des Frères Musulmans convaincus d'être dans le vrai et l'unique islam. Pour elle comme pour d'autres, il lui est inconcevable d'entendre des discours religieux modérés qui ne seraient à leurs yeux qu'une trahison de l'islam. Elle est le fruit parfait, la plus belle réussite de cet islamisme politique qui se sert des femmes voilées comme cheval de Troie. Même si elle tente de se frayer quelques libertés dans son intégrisme.

L'extrême droite, comme d'habitude, a sauté sur l'occasion. Toute la fachosphère s'est engouffrée dans cette affaire. Les attaques qu'elle subit depuis quelques jours sont parfois violentes et ignobles. Au-delà de cela, à cause des militants politico-religieux tels que Mennel, ce sont les musulmans dans leur ensemble qui sont éclaboussés. Preuve supplémentaire que ce sont bien ces islamistes qui servent la soupe à l'extrême droite traditionnelle et sont responsables de la peur que suscite l'islam. L'un entretient l'autre. Et comme d'habitude, les islamistes, indigénistes et leurs soutiens en profitent pour assimiler à la fachosphère les féministes et militants universalistes qui eux ne dénoncent que l'intégrisme religieux et les publications choquantes de la candidate.
Toute cette déferlante n'est pas causée par la publication de ses opinions religieuses. Le problème vient de ses opinions politiques issues de l'extrême droite musulmane. Sa page Facebook ressemble bien plus à celle d'une militante politique qu'à celle d'une croyante qui exprime sa religiosité. Elle en a le droit. Tout comme des citoyens ont le droit de dénoncer la radicalité d'une candidate à un télé-crochet. Faire croire que cette dénonciation serait motivée parce qu'elle est musulmane est une insulte à l'ensemble des musulmans. Non, toutes les musulmanes ne sont pas complotistes, ne sont pas voilées et n'adhèrent pas à l'idéologie des Frères Musulmans ! La réaction aurait été la même si une candidate se présentait comme chrétienne sans qu'on le lui demande et qu'on découvre qu'elle soutient Civitas et des groupuscules d'extrême droite.

Sa présence à l'antenne, son interprétation de la chanson, en prenant en compte tout ce que j'ai énoncé, participent à un prosélytisme. Elle s'est présentée maquillée et coquette avec un joli turban. Elle a repris la chanson d'un juif. Elle a choisi l'équipe d'un homosexuel. Tout ce qu'il faut pour provoquer des crises cardiaques en série chez les salafistes. Cela démontre qu'elle a su évoluer. Mais pour la frange des Frères Musulmans qui sont dans la stratégie politique, elle représente encore une aubaine. Par sa beauté et sa belle voix, elle affiche un islamisme "acceptable". Les jeunes musulmanes séduites la voyant ainsi à la télévision ne seront-elles pas tentées de découvrir les idées qui motivent cette candidate ? Certes, les salafistes perçoivent Mennel comme une musulmane non respectueuse de la "pudeur" islamiste. Mais une bonne part des Frères Musulmans voient en elle un agent recruteur hors pair.

Je ne sais pas si Mennel Ibtissem a conscience de tous ces enjeux. Elle n'a même sans doute pas conscience qu'elle adhère à l'idéologie des Frères Musulmans, convaincue par ses lectures et ses vidéos sur internet qu'elle pratique le seul et véritable islam. Prise dans cette lutte idéologique et politique dont l'islam sert de prétexte, je pense qu'elle est complètement dépassée et ne comprend sans doute pas ce qui lui arrive. Elle est à la fois actrice et victime de son idéologie. C'est tout le drame des musulmanes séduites par l'islamisme.

Dans une vidéo préparée par un service de communication, publiée dans la nuit du 9 février 2018, elle lit un communiqué où elle déclare finalement quitter l'émission (4).

Combien de Mennel Ibtissem, garçons ou filles, sont tombés dans cette radicalité en désirant découvrir l'islam par les sources les plus accessibles, celles des islamistes ? Combien de Mennel ont "choisi" le voile car elles ont intégré l'idée que leur corps est honteux et responsable de la libido masculine qui pourrait les précipiter dans les flammes de l'enfer ? Combien de Mennel ont été aveuglés au point d'être obsédés par la Palestine, les juifs, les théories du complot et la victimisation permanente ? Elle est le reflet de la situation d'une grande part des français de confession musulmane.

A travers cette épreuve, elle trouvera peut-être la force de s'éloigner de l'islamisme pour se rapprocher de l'islam, une religion plus spirituelle que politique, comme d'autres ont pu le faire avant elle. Ou bien elle choisira la facilité en se complaisant dans les soutiens victimaires et racialistes qu'elle recevra des islamistes et indigénistes. J'espère sincèrement pour elle que son amour, sa passion de la musique seront plus forts que l'emprise islamiste. Sa religiosité n'a pas besoin de Tariq Ramadan, du CCIF, de Lallab et autres Frères Musulmans. La religion ne se vit pas par un voile sur la tête. Le sexisme et la politique n'ont jamais été une source de spiritualité. La religion se vit dans son âme et dans son cœur. La France laïque, son pays, lui permet de la vivre pleinement. En abandonnant l'islamisme, elle pourra appliquer sa déclaration : "Aujourd’hui par la musique, je suis heureuse de vous exprimer mon amour et ce qui me tient le plus à coeur : la tolérance envers les autres et la paix entre nous".


(1) Message commun du CCIF, de Barakacity, d’ Al-Kanz, de Nabil Ennasri et de Marwan Muhammad

(2) Chaque jour, je retire mon voile pour travailler

(3) Mennel (The Voice) : «J'ai longuement hésité entre Zazie et Mika»

(4) Bonsoir, j’ai un message important à vous communiquer


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Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution (2ème partie)

Le CCIF et l'homophobie : un faux silence, une vraie caution
(source CCIF et leparisien.fr)

(Lien vers la 1ère partie en fin de celle-ci)

       Par sa stratégie politique victimaire et d'inversion des rôles, le CCIF se présente comme "une association de défense des droits de l’homme" (sic). Cet affichage pour la vitrine tente de masquer la réalité de son arrière-cour islamiste. Pour ne pas être mis en porte à faux entre ses convictions réelles et son affichage officiel, le CCIF prend bien garde de ne jamais se prononcer sur certains sujets. L'homosexualité est l'un d'entre eux. Sa vitrine revendiquant la défense des droits humains en général et des musulmans en particulier, il aurait été logique qu'il lutte activement contre l'homophobie puisque cela concerne aussi les musulmans. Lors des débats sur le mariage pour tous, il aurait pu se prononcer pour l'égalité quelle que soit son orientation sexuelle. D'abord parce qu'être contre signifie le désir de discriminer des êtres humains en raison de ce qu'ils sont. Ce qui est du racisme. Les homosexuels musulmans doivent avoir la possibilité de se marier, que leur amour soit reconnu officiellement, comme les couples musulmans hétérosexuels, pour "éviter les injustices" (expression chère au CCIF lorsqu'il s'agit de défendre l'intégrisme).  Ensuite, autoriser l'accès au mariage aux homosexuels assurerait une forme de protection pour les musulmans gays. Si des musulmans, y compris leur famille, les discriminent (parfois violemment), l'État reconnaîtrait leur union et leur accorderait des droits les protégeant mieux.
Alors où sont ses projets de lutte contre l'homophobie entre musulmans ? Quels sont les dossiers traités par le CCIF pour la défense d'homosexuels musulmans ? Où sont ses "statistiques" à ce sujet ? A-t-il déjà manifesté son soutien pour les homosexuels musulmans ? A-t-il ne serait-ce qu'évoqué ce sujet ? Jamais. Comme si les homosexuels musulmans n'existaient pas. Or, l'homophobie est très répandue chez les citoyens de confession musulmane, surtout bien sûr chez les intégristes dont le CCIF fait partie. Passer son temps à dénoncer un "racisme d'État" chimérique n'efface pas les discriminations institutionnalisées intracommunautaires, bien réelles.

Si, pour préserver sa vitrine, le CCIF ne se prononce pas directement sur cette question, il laisse les soutiens de sa famille idéologique s'exprimer pour lui. Nabil Ennasri, islamiste homophobe (je sais, c'est un pléonasme) et fervent soutien du CCIF qui en est fier (cf. 1ère partie), est loin d'être le seul.

Tariq Ramadan est réputé pour son double discours, parfois difficile à relever quand on n'est pas au fait de sa rhétorique, même si on sent déjà une gêne sans savoir d'où cela vient exactement. Il a perfectionné à l'extrême la rhétorique des Frères Musulmans. Il est devenu un exemple à suivre.
Son double discours se situe à deux niveaux. Le premier et le plus simple à déceler est son adaptation à son auditoire. Il y a ce qu'il dit pour la vitrine, à destination des médias et du grand public, et ce qu'il dit sincèrement dans l'arrière-cour face à ses fidèles. Il peut ainsi sembler ouvert et moderne d'un côté, et montrer son ultra-conservatisme et son intégrisme de l'autre. Le deuxième niveau se situe dans ses propos où le double langage peut-être présent dans un même discours, voire dans une même phrase.
La question de l'homosexualité n'échappe pas à cela. Sur ce sujet, il commence toujours par se réfugier derrière les textes sacrés des autres religions qui sont effectivement homophobes, pour arriver à la conclusion que, l'islam s'inscrivant naturellement dans cette continuité, il n'exprime pas son opinion mais ne fait que rappeler la position des religions. En résumé, il ne serait pas homophobe, il ne fait que citer les textes. Comme les textes sont la parole de Dieu, alors l'homosexualité est contre-nature.
Pour lui, l'orientation sexuelle ne relève pas de l'Être, comme la couleur de peau par exemple. Elle relève d'un choix pervers. Il réduit donc la question à son acceptation ou non. Son "acceptation" relèverait d'une injonction de l'Occident pour l'intégration du musulman, une injonction aux "relents coloniaux voire xénophobes". Il faudrait refuser cette acceptation de l'homosexualité pour préserver son islamité. Houria Bouteldja, figure emblématique des Indigènes de la République et autre soutien du CCIF, est exactement sur la même ligne.

Pour montrer sa tolérance, Tariq Ramadan use d'un de ses artifices habituels. Il dit être particulièrement critiqué par certains groupes musulmans sur cette question. L’homosexualité est interdite en islam mais nous devons éviter la condamnation et le rejet des personnes. Comme à son habitude, il se compare à des islamistes qui veulent tuer les gays pour passer pour un modéré, plutôt que de se comparer à des modernistes face auxquels il passerait pour un extrémiste. Il poursuit : Ainsi, on peut être en désaccord avec le comportement d’une personne (sur le plan public ou privé) mais respecter la personne en  tant qu’être. C’est ce que j’ai toujours affirmé en allant même plus loin : une personne qui prononce l’attestation de foi islamique devient musulmane et si, par ailleurs, elle pratique l’homosexualité, il n’appartient à personne de la sortir de l’islam. Un comportement considéré comme répréhensible par les  règles morales ne suffit pas à excommunier un individu.
Pour lui, l'homosexualité est une simple "pratique", "un comportement" sur lequel on peut être en "désaccord" et considéré comme "répréhensible par les règles morales". Un homosexuel est un pêché à lui tout seul, baignant dans l'immoralité. Il serait dans l'erreur par son "choix", mais il ne faut pas rejeter l'individu. Dans son raisonnement, "l'acceptation" de l'homosexualité serait en faire la "promotion". Nous sommes ici dans l'homophobie basique teintée d'une pseudo tolérance.
Incapable de dépasser la littéralité du coran et tout imprégnée de l'intégrisme des Frères Musulmans, cette posture "d'ouverture" est le maximum qu'il puisse faire pour la vitrine. Nous la retrouvons sur son site internet (1) et il tient les mêmes propos sur les plateaux de télévision, comme lors d'une émission face à un musulman homosexuel (2).

Le fond de sa pensée perce un peu plus dans l'un de ses ouvrages où il écrit que l'homosexualité est un "comportement [qui] révèle une perturbation, un dysfonctionnement, un déséquilibre" (3). Face à cela, il déclare, dans une conférence devant ses fidèles, regretter que l'homosexualité soit devenue un "comportement normal" en Occident. Il regrette également qu'il soit impossible d'envoyer tous les enfants musulmans dans des écoles musulmanes pour les protéger car en tant que musulmans "on ne peut pas normaliser" l'homosexualité. Il estime que la lutte contre l'homosexualité n'est qu'une question d'éducation, qu'il faut être "armé, intellectuellement et psychologiquement". Sans cette éducation, l'enfant "cultive le mal". D'après lui, plus il y a de religiosité moins les enfants seront "exposés à ça" (4).

Mais Tariq Ramadan sait faire preuve d'une certaine "compréhension" : Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais d’accompagner, d’orienter, réformer pour accéder à l’équilibre de la spiritualité (5). La spiritualité d'un(e) musulman(e) gay serait, d'après lui, moins équilibrée que celle des autres musulmans. Pour retrouver l'équilibre, il suffirait de réorienter le "déséquilibré". En plus d'être homophobe, nous sommes en plein discours "islamophobe" selon la définition du CCIF. Nous avons les mêmes discours avec les intégristes chrétiens dirigés contre les chrétiens homosexuels. La différence est que ces intégristes ne sont soutenus par personne à gauche et par aucun militant LGBT…

Le CCIF n'a jamais apporté le moindre bémol aux propos de Tariq Ramadan, quels que soient les sujets, notamment sur l'homosexualité. C'est même le contraire. Il a toujours soutenu le prédicateur islamiste et inversement. T. Ramadan fut notamment l'un des intervenants phares d'un colloque du CCIF sur "l'islamophobie" en novembre 2012. Il exprime même son soutien au collectif dans une vidéo du CCIF.


Il a également été  l'invité vedette récurrent de ses "dîners de soutien" annuels. En 2015, il fut physiquement absent mais fortement présent par une vidéo et la mise aux enchères d'un dîner avec lui, animé par un fan des Frères Musulmans : Yassine Bellatar.

Les liens entre le CCIF et Tariq Ramadan sont encore plus forts. Marwan Muhammad, qui fut porte-parole puis directeur du collectif, a été officiellement adoubé par le prédicateur comme étant son héritier idéologique.

Tariq Ramadan reconnait Marwan Muhammad parmi ses héritiers idéologiques

Hani Ramadan, frère de Tariq, n'est évidemment pas en reste. Comme toujours, il exprime la même chose que son frère mais de façon moins subtile : N’observons-nous pas aujourd’hui encore en effet, que dans nos sociétés modernes, malgré le progrès des sciences et le confort matériel, nous sommes envahis par toutes sortes de maux qui traduisent une dérive constante vers l’adoration du Taghut (terme qui désigne tout ce qui dépasse les limites de la religion) sous tous ses aspects ? Ne serait-ce qu’au niveau d’une sexualité débridée qui s’exprime dans les relations hors mariage, dans la prostitution, l’homosexualité, le harcèlement, le viol, la pédophilie, l’inceste ? (6). Nous retrouvons là encore la comparaison avec la pédophilie et l'inceste, avec en bonus une comparaison avec l'adultère, le harcèlement, la prostitution et le viol. Tout ceci serait causé par une "sexualité débridée". L'homophobie dans toute sa splendeur. Hani Ramadan fut l'un des invités du CCIF pour son "dîner de gala" de 2012. Le prédicateur soutient également le collectif dans une vidéo. Une demande du CCIF qui n'a jamais apporté le moindre bémol non plus aux positions de ce Frère Musulman.


Hassan Iquioussen est une des "stars" des Frères Musulmans français. Prédicateur cadre de l'UOIF, ses conférences et prêches en vidéo se comptent par dizaines. Il s'était rendu célèbre en 2003 par une conférence antisémite particulièrement violente (7). Son sexisme atteint les mêmes sommets. Serait-il plus ouvert avec l'homosexualité ? : Il est évident qu'en tant que musulman, je condamne l'homosexualité parce que nous la considérons comme un pêché (…) comme je condamne le vol et le viol. (…) Chez nous l'homosexualité n'est pas la bienvenue (8).
Pour certains, l'homosexualité est une maladie, pour certains c'est une faiblesse, pour certains c'est une perversion, pour certains c'est satanique. Mais celui qui te dit "c'est plus fort que moi", je ne le condamne pas (9).
Il est dans la lignée de Tariq Ramadan. Il est homophobe tout en expliquant qu'il ne condamne pas les homosexuels…

Comme l'ensemble des islamistes, CCIF inclus, Hassan Iquioussen ne se définit pas comme un intégriste mais comme un simple musulman. Les musulmans modérés seraient des "traîtres" qui ont abandonné leur religion. Il procède alors à la classification habituelle des intégristes, en précisant sa pensée : Il y a les musulmans "civilisés", "modernes", "modérés", "intégrés", "assimilés", athées, homosexuels et pourquoi pas pédophiles. Et puis vous avez les musulmans soucieux d'être fidèles à leur éthique religieuse, à leur spiritualité, mais soucieux de vivre dans leur pays la France, dans le respect des lois. Et bien entendu, ce type de musulmans est dans le collimateur.


Il cite l'homosexualité, toujours associée à la pédophilie, pour montrer à quel point l'athéisme serait horrible. Cet ensemble "d'horreur" est adjoint aux musulmans "modernes, modérés, intégrés, assimilés" qui ont accepté ces "monstruosités" au détriment de "l'éthique" musulmane. Nous retrouvons encore cette notion d'éthique, arlésienne chez les islamistes. L'homophobie en a toujours fait partie. Il met ainsi en balance les intégristes qui, eux, seraient soucieux d'être de vrais musulmans. C'est cette piété qui serait persécutée en France. Nous sommes au cœur de la stratégie victimaire des islamistes. Leur radicalité, leur totalitarisme, leur sexisme et leur homophobie doivent être respectés au nom de la liberté religieuse. Le contraire serait de… "l'islamophobie". C'est exactement le même discours que le CCIF.

Le discours de ce prédicateur extrémiste n'est pas un hasard. Il a été prononcé en soutien au CCIF dans une vidéo intitulée "Comprendre l'islamophobie et la combattre"… (10) Durant plus de 14 minutes, il reprend tous les propos victimaires du CCIF pour en faire un long éloge et montrer son soutien au collectif.


Le CCIF, là encore, a participé à plusieurs conférences à ses côtés, en l'invitant aussi parfois, accepte ce soutien et n'a jamais condamné ni même pris ses distances avec l'homophobie de ce prêcheur frériste.

Voici un dernier exemple, pour le "plaisir". Le prédicateur salafiste Hassan Bounamcha s'est rendu célèbre dans les milieux islamistes pour ses prises de paroles radicales.  Il exprime son "amour" pour les homosexuels ainsi : Vous avez vu le séisme qu’il y a eu dans les années 80 à San Francisco ? C’est la ville dans les années 80, si ma mémoire est bonne, qui représentait 3 millions de gays. 3 millions de gays, d’homosexuels ! 3 millions, c’est un tiers de la Tunisie ! Allah a envoyé un châtiment spécial : tremblement de terre, en quelques secondes des milliers de morts (11).


Il se fond si bien dans la vision de l’islam version CCIF que ce salafiste soutient lui aussi officiellement l’association. Un soutien que le CCIF est fier d’avoir filmé et affiché sur sa page Youtube, comme pour les autres. Certainement sa manière de "défendre les droits de l’Homme" (il semble que les homosexuels n’entrent pas dans la catégorie "Homme" du CCIF).


Toutes les personnes citées dans cet article ont plusieurs points communs. Elles défendent le terme "islamophobie" dans leur désir de criminaliser et culpabiliser toute critique de l'islamisme et de l'islam en général. Elles sont toutes homophobes. Elles soutiennent toutes le CCIF qui le leur rend bien. Leur lutte contre "l'islamophobie" s'accompagne de la promotion de l'homophobie.

Certes, on ne choisit pas toujours ses soutiens, mais on choisit qui on remercie et quels soutiens on met en avant. De plus, vu le nombre d'homophobes, on a les soutiens qu'on mérite.

Toutes ces déclarations et prises de positions, au-delà d'être homophobes, sont aussi "'islamophobes" selon les critères du CCIF qui définit "l'islamophobie" ainsi : "l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée, à l’islam". La réalité de ce terme n'est pas celle-là. Mais si nous allions dans ce sens, les musulmans homosexuels qui sont victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle le sont aussi en raison de leur religion par d'autres musulmans, dont ces soutiens du CCIF. Ce qui démontre, pour un collectif "de défense des droits de l’homme" (sic), que la vitrine de la branche juridique des Frères Musulmans en France n'est là que pour cacher une arrière-cour où il pourrait festoyer avec la crème des intégristes de toutes les autres religions.

Le CCIF accepte ainsi de faire conférence commune avec des homophobes. Il accepte leur soutien, les assume et les affiche. Mais il n'a jamais participé à des conférences de la lutte LGBT pour exposer "l'islamophobie" et l'homophobie dont sont victimes les musulmans gays. Il n'a jamais soutenu les quelques rares musulmans qui ont eu le courage de faire leur coming out, bannis par leur entourage car considérés comme traîtres à l'islam de la pire des façons qui soit aux yeux de leurs proches.
Le CCIF est ainsi à l'opposé des associations antiracistes dont il tente d'être un équivalent. Est-il déjà arrivé que la LICRA ou SOS Racisme fassent meeting commun avec des homophobes ? Les associations antiracistes ont-elles déjà été soutenues par des homophobes tenant ce type de discours ?

Le CCIF n'a jamais condamné tous ces propos et ne s'en est jamais démarqué. Au contraire, à travers les soutiens qu'il met en avant, il les revendique. En effet, les vidéos de ces homophobes ne sont pas spontanées. Ce ne sont pas des déclarations à la volée et ne figurent pas sur les pages personnelles de ces personnes. Ces soutiens ont été préparés, filmés et montés par le CCIF pour leur donner un aspect officiel. Ce collectif est allé les chercher. Certes, il ne l'a pas fait pour leur homophobie spécifiquement, mais pour l'ensemble de leur "œuvre" dont l'homophobie (tout comme le sexisme) fait partie.

Des people, personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont aussi été approchées par le CCIF dans le cadre de ses campagnes de soutien. Mais les raisons sont différentes. Les Frères Musulmans ont des discours pour la vitrine destinée à séduire le grand public et une arrière-cour pour séduire et convertir les fidèles à sa radicalité. Pour se rendre acceptable, donner l'image d'un collectif luttant contre les discriminations, se mettre au niveau de la Ligue des Droits de l'Homme ou autres associations de ce genre, le CCIF demande à des personnalités rassurantes de le soutenir. Une caution indispensable amenée par des personnalités qui, elles, dénoncent sincèrement l'homophobie comme toutes les discriminations. Elles sont d'ailleurs, malgré elles, la caution pour la mise au même niveau entre homophobie et "islamophobie" afin de faire de cette dernière une discrimination qu'il faudrait aussi combattre.
Ces soutiens permettent également au CCIF de se targuer de ne pas uniquement être soutenu par des intégristes religieux. Dans son impossibilité d'être soutenu par des religieux modérés, le CCIF masque cette lacune par les soutiens des peoples. Aucun islamologue, imam ou intellectuel musulman modéré n'a été filmé pour soutenir le CCIF. Et pour cause, ils sont adversaires.

Les soutiens vidéo des islamistes ont donc une autre fonction. Moins médiatisés que les vidéos des peoples destinées au grand public, les soutiens islamistes visent plus spécifiquement les fidèles, les militants, "les musulmans" qu'on souhaite toucher. Il n'est pas question de défendre les musulmans dans leur ensemble mais de devenir le défenseur référent de l'intégrisme pour la "salafisation" des musulmans et son acceptation par la société.

Là est sa volonté de démontrer son idéologie, son adhésion à ce courant extrémiste de l'islam, dont l'homophobie est logiquement une évidence. Le CCIF s'identifie à cet islam-là. Toute sa lutte depuis sa création est de le défendre. Toute sa stratégie est de louvoyer pour que cela ne se voie pas.

A ce jour, aucun journaliste ni vrai contradicteur (que le CCIF prend bien soin d'éviter) n'a eu l'idée de lui poser une question sur un sujet concret en insistant jusqu'à obtenir une réponse précise… sauf une fois. En octobre 2016, un débat avait été organisé par Science Po Paris entre Marwan Muhammad, à l'époque directeur du CCIF, et Jean-François Copé (12). Ce dernier demanda au directeur du CCIF s'il condamnait la polygamie, ne lâchant rien jusqu'à enfin obtenir une réponse. Évidemment, en bon islamiste, Marwan Muhammad refusa de la condamner. Mais il va encore plus loin en comparant la polygamie à la liberté sexuelle : On vit dans une société où les gens choisissent d’avoir un, deux ou trois partenaires sexuels, ça n’est pas la question du CCIF. Dans ses propos, avoir plusieurs partenaires sexuels n’est évidemment pas un compliment. Il semble réduire la polygamie à des partenaires sexuelles multiples ou à une simple partouze religieusement légalisée pour mieux la relativiser. Mieux encore, il se met spontanément à parler d’homosexualité pour faire un parallèle avec la polygamie : Je ne condamne pas les choix personnels des uns et des autres d’être homosexuel ou d’être polygame ou de se marier à deux ou à trois, ça ne m’intéresse pas. Le fait d’avoir plusieurs partenaires sexuels, ça n’est pas mon sujet.


L’homosexualité serait un "choix personnel" qu’il compare à son amalgame persistant entre polygamie et liberté sexuelle. Il est exactement sur la même ligne que la totalité des soutiens islamistes du CCIF cités dans cet article.

Dans son extrémisme religieux, comment pourrait-il être contre la polygamie et pour l'acceptation de l'homosexualité ? Ce serait pour lui un blasphème, un pêché, un défi lancé à Dieu. Cette confusion teintée d’homophobie qui confond homosexualité, polygamie (qu'il relativise) et liberté sexuelle, résume assez bien la pensée islamiste dans son ensemble.
Marwan Muhammad s’exprimait publiquement et engageait le CCIF. Il s'était donc retrouvé coincé entre la dissimulation de sa véritable pensée pour des raisons stratégiques, et sa crédibilité religieuse face à ses fidèles présents en nombre dans la salle et à regarder cette vidéo sur internet. Ce jour-là, son interlocuteur força suffisamment la vitrine pour nous laisser apercevoir une partie de l'arrière-cour.

Tous les intégristes religieux de toutes les religions tiennent ce type de propos. Les religions sont homophobes par essence puisqu'elles sont le reflet des époques où elles ont été créées. Il n'y a pas besoin d'être croyant, d'avoir un livre sacré, pour être homophobe. Mais il est plus facile de lutter contre l'homophobie face aux non-croyants que face à des intégristes religieux qui ont gravé pour l'éternité cette discrimination dans le marbre. D'un côté ce n'est qu'un athée qui parle. De l'autre c'est la parole de Dieu. Qui oserait la remettre en cause quand on est croyant et sensible aux interprétations littéralistes des extrémistes ?

Si le CCIF se présentait comme une association religieuse qui défend l'islam des Frères Musulmans contre les valeurs démocratiques et républicaines, ce serait plus honnête mais moins avantageux. En inversant les rôles pour se présenter comme une "association de défense des droits de l'homme", le collectif a tout à gagner. Cet anesthésiant victimaire fonctionne bien. Concernant l'homophobie par exemple, le CCIF est soutenu par des militants de la cause LGBT. Un soutien idéologiquement contre nature mais qui marque l'efficacité du choix stratégique des Frères Musulmans à travers le concept "d'islamophobie". Critiquer cette homophobie serait ainsi de "l'islamophobie" à leurs yeux. Cette incohérence ne pose aucun problème aux soutiens "antiracistes" du collectif. Ainsi, la lutte contre l'homophobie passe également par la lutte contre le terme "islamophobie" car les musulmans gays méritent d'être défendus tout autant que les autres.

Les "antiracistes" qui soutiennent le CCIF participent à la promotion de l'homophobie en faisant de cette discrimination une "opinion" acceptable puisque exprimée par les éternelles victimes que seraient les (intégristes) musulmans. Alors on ferme les yeux. On préfère détourner le regard pour promouvoir le délit de blasphème en imaginant que c'est comme cela qu'on lutte contre les discriminations. A ce jeu-là, les homosexuels ne sont pas les seuls perdants. En ayant laissé les islamistes pénétrer les mouvements antiracistes, c'est l'ensemble des luttes contre les discriminations qui en pâtissent.

Le faux silence du CCIF sur l'homophobie, en laissant parler ses soutiens à sa place, est sa caution à cette discrimination. Les islamistes soutiennent le CCIF car il leur permet, à travers sa vitrine de "défense des droits de l'homme", de rendre leur homophobie acceptable. Par cette mauvaise image qu'il renvoie de l'islam, par son désir de cliver la société à travers son "vivre (dans son) ensemble", le CCIF est l'allié objectif, l'autre face, de l'extrême droite traditionnelle. Cette dernière s'appuie sur l'intégrisme du CCIF et consorts pour attaquer l'ensemble des musulmans. Lutter contre le CCIF et ses alliés permet de lutter contre les discriminations envers les musulmans en général, et les musulmans homosexuels en particulier.
Mieux encore, les intégristes chrétiens et homophobes en tout genre se frottent les mains. Tout comme la question du sexisme au nom du religieux, les intégristes musulmans réussissent mieux à propager leur homophobie que les premiers. Si on accepte et on banalise cette homophobie des islamistes, pourquoi ne l'accepterions-nous pas des autres ? Couper l'herbe sous les pieds des islamistes permet aussi de lutter contre l'intégrisme des autres religions qui sont en embuscade.

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il faut reconnaître le CCIF pour ce qu'il est : un mouvement politico-religieux d'extrême droite, non une association de défense des droits humains. Il faut faire l'effort d'investir son arrière-cour plutôt que de rester sur le trottoir à "admirer" sa vitrine qui fait de moins en moins illusion. Les musulmans homosexuels s'en porteront mieux, les musulmans en général et l'ensemble de la société aussi.






(3) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.


(5) Tariq Ramadan, Peut-on vivre avec l’islam ?, Tariq Ramadan en entretien avec Jacques Neirynck, Lausanne, Favre, 2004.

(6) Hani Ramadan, Aspects du monothéisme musulman, Tawhid, Lyon, 1998.






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