La Rencontre Annuelle des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
La "Rencontre Annuelle des Musulmans de France" (RAMF) s'est déroulée du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget
       "Regardez dans les mosquées, regardez dans ces groupes musulmans, non seulement ils veulent enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer, mais en plus ils veulent conquérir le monde". Cette production orientaliste du XIXe siècle, dans un contexte colonial, est un peu précurseur de "l'islamophobie" actuelle. C’est-à-dire de la naissance de cette image que l'on appelle "l'homo islamicus". Ce musulman qui est rétrograde. Ce musulman qui pense l'infériorité de la femme. Ce musulman qui vit dans le passé. Ce musulman fanatique. (…).

Cette réflexion est celle de Vincent Geisser, sociologue. Il était l'intervenant du débat "Les musulmans : ennemis imaginaires ?" à la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF) qui eut lieu du 30 mars au 2 avril 2018 au Bourget. Il se situe dans la ligne idéologique développant les thèses victimaires habituelles. Il est un des grands défenseurs du terme "islamophobie". Il n'a jamais su faire la distinction entre la critique d'une idéologie et les attaques envers des individus. Il n'a jamais su non plus la faire entre les islamistes et les musulmans. Pour lui, tout est "islamophobe", même les musulmans qui luttent contre les intégristes. Ainsi, il est naturellement un des chouchous de l'extrême droite musulmane et des indigénistes. Son intervention lors de cette Rencontre était une évidence.
Durant 30 minutes, il n'a eu de cesse d'entretenir un climat antimusulman assimilant, comme toujours, les intégristes à de simples musulmans persécutés par une société intolérante. Durant ces 30 minutes, nous étions plongés dans un monde anxiogène. Les spectateurs en sortent groggy et renforcés dans leur vision d'une France qui rejetterait les musulmans.

Cette Rencontre est-elle éloignée de ce qu'il pointe du doigt comme un fantasme ? Les intégristes (qu'il confond avec "les musulmans") expriment-ils leur désir d'"enfermer les femmes musulmanes dans une sorte de cercle de fer" ? Cette catégorie de musulmans "fanatiques et rétrogrades qui pense l'infériorité de la femme, qui vit dans le passé", est-elle présente dans les lieux même où Vincent Geisser s'exprime ?

En réalité, nous sommes à la "Rencontre Annuelle des Frères Musulmans de France". Un seul mot vous manque et tout est déformé. L'UOIF s'étant rebaptisée "Musulmans de France" dans son projet de représenter tous les musulmans, l'OPA islamiste sur l'islam en France continue. Pour savoir si nous sommes dans un fantasme "islamophobe" selon Vincent Geisser, nous pouvons observer la liste des intervenants, écouter ce qu'ils ont pu dire lors des débats durant ce week-end, nous promener dans les allées au gré des stands et des librairies.

N'étant pas en comité restreint mais sous les projecteurs, la plupart des propos tenus lors des débats ont été consensuels. Mais il suffit de regarder les pedigrees de quelques-uns des intervenants et d'être attentifs à certains de leurs discours pour se faire une meilleure idée.

Hassan Iquioussen est l'une des personnalités les plus importantes des Frères Musulmans en France. Ce prédicateur star de l'UOIF est antisémite (1). Il est également un homophobe assumé. Il compare l'homosexualité à la pédophilie et estime qu'après avoir autorisé "le mariage des hommes avec des hommes", la prochaine étape sera le mariage des hommes avec des animaux (2). Il est exactement dans la même ligne que son mouvement. En novembre 2012, lors des débats sur le mariage pour tous, l'UOIF avait publié un texte où elle compare l'homosexualité à la zoophilie (3).

Hassan Iquioussen tient des propos homophobes et milite pour l'islam politique (mars 2014).

Hassan Iquioussen considère aussi la mixité comme un problème. Il regrette également de ne plus pouvoir voiler sa petite fille à l'école à cause de "la loi infâme du 15 mars 2004". Il parle de "pseudo attentats" en évoquant ceux du 11 septembre 2001, de Madrid, Londres et Toulouse, noyé dans son complotisme coutumier. Il revendique l'islam politique. Bref, il est un islamiste dans toute sa splendeur.

Hassan Iquioussen en plein délire complotiste, mosquée de Dunkerque, octobre 2012.

Il a participé à plusieurs débats durant cette Rencontre. L'organisation n'ignorant rien de ses "opinions" exprimées par le passé, et n'étant pas présent pour un débat contradictoire mais pour prêcher la bonne parole, l'UOIF les valide par sa présence.

Sofiane Meziani fut un autre intervenant. Enseignant au "Lycée musulman Averroès" de Lille sous l'égide de l'UOIF, il est un auteur prolifique sur Oumma.com et un des intervenants préférés de Havre de Savoir, autre vitrine des Frères Musulmans. Il aime faire l'éloge de Hassan Al-Banna et de la victoire des Frères Musulmans en Égypte en 2012 (4). Son dernier ouvrage, "Petit manifeste contre la démocratie : pour une redéfinition de l'homme et de la société", est en bonne place sur les rayons de ventes de livres de la Rencontre.
Il s'exprima au RAMF, dans le débat "Quelle quête spirituelle pour la jeunesse ?", pour dire notamment ceci : Dans quelle atmosphère j'évolue ? J'ai besoin d'une ambiance autour de moi qui symbolise l'éclosion de ma fleur intérieure. Une ambiance qui va permettre à ma foi de briller de tout son éclat. Il faut créer cette ambiance spirituelle. Il faut créer du sacré dans cette société devenue excessivement profane. Il faut penser la sacralisation du monde. Certains sont en train de penser la sécularisation de l'islam. Alors que le but aujourd'hui c'est de penser la sacralisation du monde.
Il assume clairement la doctrine frériste quant à l'irruption du religieux dans toute la société, à travers l'islam évidemment, pour "bien vivre ensemble" (expression chère au président de l'UOIF, Amar Lasfar).

Ahmed Jaballah était également présent à quelques débats. Ancien président de l'UOIF, il est membre fondateur et secrétaire général du Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche, structure européenne des Frères Musulmans présidée par Youssef Al-Qaradhawi. Ce dernier est le plus célèbre théologien des Frères Musulmans encore en vie. Nombre de ses ouvrages sont d'ailleurs vendus dans les allées de la RAMF, dont un qui a fait date et que j'aborderai un peu plus loin. Ahmed Jaballah est également membre de l'Association internationale des savants musulmans dirigée, là encore, par Youssef Al-Qaradhawi, dont le siège est au Qatar. Enfin, parmi de multiples autres casquettes dans le même genre, Ahmed Jaballah est cofondateur de l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) situé dans la Nièvre. Cet institut a pour vocation de former des cadres musulmans qui partiront aux quatre coins de France pour diffuser l’idéologie des Frères. Par qui a-t-il été inauguré en 1992 ?... Par Youssef Al-Qaradhawi.
Ahmed Jaballah concentre à lui seul la doctrine de l'UOIF et celle de cette Rencontre. Dans le débat "Droits des femmes : quel intérêt d'être une femme en islam ?", il affirma son hostilité aux mariages mixtes. Mais si cela devait se produire, il a la même position que les radicaux : un musulman aurait le droit de se marier avec une femme d'une des religions du Livre (chrétienne, juive ou musulmane). Mais une musulmane n'aurait pas ce droit : elle aurait l'obligation de se marier avec un musulman.
Comme tous les Frères Musulmans, il rajoute d'emblée que les hommes et les femmes sont quand même égaux : J'ai des textes coraniques qui établissent l'égalité absolue entre l'homme et la femme. Il n'y a pas de discrimination. Seulement, il y a toujours un "mais" : Mais il y a une vision en islam qui est basée aussi sur ce que j'appelle la notion du couplage. C’est-à-dire que Dieu a créé l'homme et la femme, le mâle et la femelle. Et il a réparti quelques fonctions. C’est-à-dire à la base il y a une égalité absolue entre les deux. (…) Cette différence existe par le fait qu'il y a une complémentarité entre les deux éléments qui vont être unis pour former justement la famille.
"L'égalité absolue", oui, mais seulement "à la base". Cette fameuse "complémentarité" revient souvent dans les discours des Frères. Ce terme permet de rester ambiguë et de ne pas affoler ceux qui le seraient par "supériorité de l'homme". Cette ambiguïté permet également d'y associer l'égalité tout en la relativisant. La "complémentarité" avait été un point d'achoppement en Tunisie. Lors de l'élaboration de la nouvelle Constitution en 2012, les Frères Musulmans tunisiens (le parti Ennahda) ne voulaient pas du terme "égalité" concernant l'homme et la femme. Ils lui préféraient le terme "complémentarité", avec toutes les conséquences discriminatoires que cela pouvait inclure. Les Tunisiens s'étaient alors mobilisés et avaient fait reculer les islamistes. Ils étaient peut-être "islamophobes", selon les critères de Vincent Geisser.

Nous retrouvons ce terme dans plusieurs livres vendus dans les allées de cette Rencontre. Certains d'entre eux nous apportent les détails manquants qui permettent de bien saisir ce que veulent dire Ahmed Jaballah et l'ensemble des Frères.

Sayyid Sâbiq est un théologien historique des Frères Musulmans. Un de ses ouvrages avait même été préfacé par Hassan Al-Banna (cofondateur de la Confrérie et grand-père de Tariq Ramadan). Son livre "Fiqh as-sunna pour les femmes" (5) est exposé en bonne place et en de nombreux exemplaires dans toutes les librairies présentes au RAMF.

L'introduction du livre exprime les mêmes propos que Ahmed Jaballah : si différence il y a entre les deux sexes sur le plan pratique, c'est uniquement conséquemment aux rôles distincts que l'Islam a assigné à l'un et à l'autre en ce monde, rôles qui ne peuvent en aucun cas être qualifiés d'inégaux, puisqu'étant éminemment complémentaires.
En plongeant dans l'ouvrage, on découvre enfin ce que tout ce petit monde entend par "complémentarité". Elle confère à l'homme une autorité "naturelle" sur la femme. Par exemple, dans un paragraphe au titre explicite, "Le mari défend à sa femme de travailler", l'auteur dit ceci : Les docteurs de la loi opèrent ici une distinction entre deux possibilités : soit le travail exercé par l'épouse porte atteinte au droit du mari et oblige celle-ci à sortir de chez elle, soit il ne porte pas atteinte à son droit. Si le travail de l'épouse porte atteinte au droit du mari, les docteurs de la loi le déclarent interdit ; sinon, ils le déclarent permis. Ce sont bien "les docteurs de la loi" qui le déclarent, pas les textes religieux…

Dans un autre paragraphe dont le titre exprime également "l'égalité" et la "complémentarité" ("Corriger sa femme en cas d'insubordination"), l'auteur nous dit cela : Par nushûz, il faut entendre le fait de désobéir au mari, refuser de partager sa couche ou encore sortir de chez soi sans son autorisation. Par 'idha, il faut entendre le fait d'effrayer l'épouse au rappel de Dieu, attirer son attention sur l'obéissance qu'elle doit à son mari et les obligations qui lui incombent, lui rappeler les péchés dont elle se charge en désobéissant et les droits qu'elle perd, comme l'entretien et l'habillement, en faisant acte d'insubordination. (…)
En outre, il n'est pas permis de corriger sa femme dès qu'elle désobéit. En effet, le verset précédemment évoqué contient des termes sous-entendus, en sorte qu'il doit être compris ainsi : (Celles de qui vous craignez l'insubordination, faites-leur la morale), si elles font acte d'insubordination, (désertez leur couche), si elles persistent dans l'insubordination, (corrigez-les). En d'autres termes, si elles demeurent irrépressibles malgré que leurs maris leur aient fait la morale et aient déserté leur couche, ceux-ci sont alors en droit de les corriger. (…) En outre, on ne doit frapper ni au visage ni aux endroits sensibles, le but étant de corriger et non de blesser.
"Fiqh as-sunna pour les femmes" juste à côté de "La voie du musulman". Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
"Fiqh as-sunna pour les femmes" placé à côté de "La voie du musulman" sur un des rayons d'une des librairies du RAMF. Deux livres misogynes et violents expliquant ce qu'est "l'égalité" des sexes dans la "complémentarité".
Cet ouvrage, qui expose "l'égalité" des sexes à travers la "complémentarité", n'est pas le seul du genre exposé et vendu à la Rencontre. Il y a également un autre classique écrit par le théologien salafiste Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri. Dans son livre "La voie du musulman" (6), il exprime les mêmes délires : Le mari doit aider sa femme à suivre les enseignements de l'islam et d’exiger cela d'elle fermement, de ne pas lui permettre de paraître découverte, de faire parade de ses charmes, de fréquenter les hommes qui par nature peuvent se marier avec elle. Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).
Le voile fait ainsi partie de la panoplie pour une meilleure "égalité" et "complémentarité". Voici un des arguments de l'auteur : Un saint sortit dans une expédition. Une femme se découvrit devant lui et il la contempla. Aussitôt il leva la main et se frappa le visage. Il se creva l'œil et dit : « Tu t'empresses de regarder ce qui te nuit ! ». (…) Le mari ne doit pas permettre à sa femme de paraître découverte (…). Dieu le signale en ces termes : les hommes ont autorité sur les femmes (4:34).

Parmi ses obligations, la femme doit rester au foyer conjugal et n'en sortir qu'avec la permission de son époux. Elle doit aussi satisfaire le désir sexuel de son mari toutes les fois qu'il le manifeste car c'est son droit. Et s'il lui vient la folle idée de lui désobéir ? La réponse se trouve dans un paragraphe qui exprime encore l'égalité et la complémentarité version islamiste intitulé "Insoumission de la femme" : Dans le cas où la femme fait montre d'insoumission, c'est-à-dire lorsqu'elle désobéit à son mari en lui manifestant son mépris et son refus de respecter ses droits, ce dernier doit en premier lieu l'exhorter ; si elle se soumet à cette exhortation, le différend est clos, sinon, il s'écarte d’elle à la couche un certain temps qu'il juge convenable et cesse de lui parler durant trois jours […]. Si malgré cela elle persiste dans son inconduite, il la corrige sans sévérité tout en évitant le visage.
Il faudrait éviter le visage sans doute pour ne pas abîmer la marchandise…

Nous pourrions penser, dans un élan relativiste, de grande "ouverture d'esprit" et de "tolérance" que ces deux livres sont des exceptions. Et bien non. D'autres sont dans la même veine et le best-seller de la littérature islamiste est aussi en bonne place sur les rayons. Il s'agit de "Le licite et l'illicite en islam" de Youssef Al-Qaradhawi (7), ce théologien Frère Musulman si étroitement lié à Ahmed Jaballah et plus largement à l'UOIF.
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus au RAMF en 2018
Les deux livres islamistes les plus célèbres étaient exposés et vendus dans plusieurs librairies de la Rencontre du Bourget en 2018
Dans son livre, il tient exactement les mêmes propos que les deux autres. Il y explique aussi, comme les autres, pourquoi la femme doit se voiler, en s'éloignant totalement du Coran : Le devoir de la femme musulmane est de se couvrir la tête avec un voile et de cacher avec ce même voile, ou autre chose, sa poitrine, sa gorge et son cou afin que rien n’apparaisse de ces parties du corps tentatrices aux regards indiscrets et scrutateurs des passants. (…) L'instinct sexuel [de l’homme], une fois satisfait, assure la conservation de l'espèce. C'est un instinct puissant et irrésistible qui se trouve chez [lui]. Il est normal que cet instinct cherche une voie de satisfaction où il accomplit son rôle et assouvit son besoin. (…) La femme [est] la propriété d'un seul homme à la fois.
Le voile est bien entendu au cœur de cette doctrine, pour "protéger" l'objet précieux que serait la femme du regard concupiscent des hommes. Il fait partie de la panoplie sexiste et ultra-patriarcale de l'intégrisme musulman. Il a été développé pour ça. Le spirituel n'en a jamais été une des raisons.

L'auteur est à l'unisson avec les deux autres sur tous les sujets : Le musulman doit se montrer patient quand il voit de la part de son épouse un comportement qui ne lui plaît pas. Il doit reconnaître sa faiblesse en tant que femme et en tant qu'être humain.
Pour toutes ces raisons la femme ne doit pas désobéir à son mari, ni se rebeller contre son autorité. Si elle ose "se rebeller" malgré les ordres, il explique quasiment mot pour mot la même procédure que les deux autres en codifiant les violences conjugales pour les rendre plus "humaines".
Cette vision de la femme dans tous ces ouvrages fait partie de ce que les Frères Musulmans appellent le "juste milieu".

Ainsi, pour Ahmed Jaballah et l'ensemble de ces islamistes, l'"égalité absolue (à la base)", à travers la "complémentarité", ne signifierait pas que la femme est inférieure. C'est l'homme qui serait supérieur…

Le passage particulièrement ignoble consacré à l'homosexualité dans le livre de Youssef Al-Qaradhawi fait passer ceux concernant les femmes pour du romantisme à l'eau de rose : L’homosexualité est un acte vicieux, une perversion de la nature, une plongée dans le cloaque de la saleté, une dépravation de la virilité et un crime contre les droits de la féminité. Quand ce péché répugnant se propage dans une société, la vie de ses membres devient mauvaise et il fait d’eux ses esclaves. Il leur fait oublier toute morale, toutes bonnes mœurs et toute bonne manière.
Est-ce que l'on tue l'actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d'un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n'est qu'un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu'à la perte de l'humanité.

Voilà la pensée du "juste milieu" qu'admire tant Ahmed Jaballah. Il estime que Al-Qaradhawi (également antisémite, justifiant les attentats et pour la conquête de l'Europe) est un homme de paix et de tolérance qui a œuvré pour l’ouverture et la modération et dont les positions ont toujours été en faveur de la justice et de la liberté des peuples et il exerce une influence positive dans le monde musulman (8). L'actuel président de l'UOIF, Amar Lasfar, ne manque pas de louanges non plus envers le théologien : Qaradhawi, c’est le plus savant des savants du monde musulman aujourd’hui. C’est le plus savant. Il n’a pas d’égal (9). Les deux regrettent que cet homme, présent par le passé à cette Rencontre, ait été interdit de territoire.

Tous ces livres violents, haineux, homophobes, misogynes, qui justifient l'oppression et la discrimination des femmes (pardon, "l'égalité et la complémentarité") et les violences conjugales, sont vendus sur des sites internet français, par des librairies islamistes partout dans le pays, disponibles dans les centres "culturels" musulmans et présents en 2018, en vente libre et bien exposés à plusieurs endroits de la Rencontre du Bourget. Et personne ne s'en émeut…
Par contre, le livre de Henda Ayari, qui raconte comment et pourquoi elle a retiré son voile et quitté le salafisme pour un islam apaisé, est introuvable, comme tous les autres ouvrages expliquant pourquoi le voile n'a rien de religieux mais tout de misogyne et de politique. Ces musulmans ne font sans doute pas partie des "musulmans de France".

Nous pourrions nous demander pourquoi, au fil des années et malgré les suspicions, l'UOIF n'est pas devenue plus vigilante sur les ouvrages vendus sur les étals. Parce que les islamistes n'y voient aucun mal. Pour eux, cela fait partie de la religion (tout au moins de l'interprétation qu'ils en font). Écrire ce genre de choses et les vendre n'est pas un manque de respect envers les femmes selon eux. Au contraire, c'est LE respect qui devrait leur être dû. Certes, nous pourrions aussi faire une comparaison avec les intégristes des autres religions, stratégie classique des islamistes et de leurs soutiens pour relativiser leurs positions. Mais, si les intégristes de toutes les religions se rejoignent sur le sexisme et le patriarcat, ils ne sont pas comparables dans l'absolu. L'intégrisme juif n'est pas prosélyte. Il est fortement présent en Israël mais quasiment inexistant en France. Il n'a pas la volonté de faire plier la société (les administrations, les entreprises, les écoles, etc.). Il ne milite pas contre la loi de 2004 pour autoriser le voilement des petites filles par exemple. Cet intégrisme se vit replié sur soi et n'a aucune prise sur la société.
L'intégrisme catholique n'est pas comparable non plus. Même si sa menace n'est pas à négliger, il ne bénéficie d'aucun soutien intellectuel. Les signaux d'alerte fonctionnent. Ce qui n'est pas le cas avec l'intégrisme musulman qui bénéficie de soutiens assumés.

En se promenant dans les allées, nous observons que cet événement est cohérent et assume sa vision de la femme. La "complémentarité" s'affiche partout. Sur les affiches, dans les stands vendant des vêtements, les livres, tout est fait pour séduire et montrer toute la diversité de l'oppression par différentes formes de voilement. Les stands de vêtements exposent toutes les gammes de la mode sexiste (ce qu'ils appellent la "mode pudique") pour les musulmanes qui "se respectent" et qui ne s'habillent pas comme les mécréantes.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

Les enfants ne sont pas oubliés. Citoyens en devenir, ils sont même des cibles privilégiées. Tout est fait pour habituer les petites filles au sort qui les attend. Vous pouviez ainsi acheter la dernière collection de voiles pour cacher le corps et la tête des filles de moins de 6 ans.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

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Vous pouviez acheter des livres pour enfants adaptés où les illustrations ne montrent que des petites filles voilées.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe

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Pour convaincre les fillettes des "bienfaits" du voile, toutes les poupées sont voilées. Même les livres de coloriage sont des supports d'endoctrinement.

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Mitraillettes pour les garçons, voile pour les filles.
Les armes en jouet sont moins chères que les poupées voilées.
Tout est fait pour préparer le futur "libre choix" de la future citoyenne. Aucun modèle de musulmane sans voile n'est présenté. La musulmane, objet sexuel devant se protéger des prédateurs que seraient les hommes, doit être bâchée. Cela lui évitera les désagréments évoqués dans les livres vendus au même endroit.
Comme je l'ai abordé dans plusieurs de mes articles, pour séduire et amener au "libre choix", les islamistes récupèrent les codes culturels occidentaux pour les adapter au public visé. Voici un exemple avec l'image de la princesse des contes de fées :
Dans ce coloriage « spécial filles », les princesses ont toutes de jolis foulards et de longues robes ... C'est une manière ludique de montrer aux petites filles musulmanes que ce n'est pas parce qu'on porte le voile que l'on est moins belle ; bien au contraire !
A vous, parents musulmans d'offrir ce petit coloriage à vos enfants à l'occasion de l'Aïd ou simplement pour leur faire plaisir...

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Nombre de visiteurs étaient ravis de baigner dans une telle ambiance. Rares étaient les femmes ne portant pas de voile. Mêmes des petites filles étaient voilées. Les visiteurs pouvaient parfois croiser des fillettes, âgées de deux ou trois ans, bâchées de la tête au pied.

Je suis effaré par le silence de nombre de féministes et d'associations féministes. Aucun autre intégrisme n'a la possibilité d'organiser un rassemblement de cette ampleur. Si cela se produisait, les féministes comme d'autres seraient les premières à manifester devant les bâtiments et dans les allées d'une Rencontre d'intégristes chrétiens ou d'un meeting politique qui auraient les mêmes discours et contenus. Mais face à l'intégrisme musulman, l'attitude n'est pas la même. Une partie des féministes soutiennent les islamistes au nom du "libre choix", du relativisme et de la victimisation permanente. Une autre partie reste indifférente ou silencieuse par crainte de passer pour raciste ou "islamophobe" (la critique du dogme chrétien leur est naturelle, celle du dogme musulman et de sa frange intégriste leur est inconcevable). Les féministes universalistes, qui dénoncent tous les intégrismes religieux de la même manière, sont par conséquent plus isolées et moins écoutées.
À l'heure de #balancetonporc, où on s’enorgueillit de lever les tabous sur le sexisme et les violences envers les femmes, où est le #balancetonbourget ?

Pendant que Lallab organise son "hijab day" pour la promotion de cette idéologie, on ferme les yeux sur la Rencontre du Bourget. On préfère ne pas se mouiller pour ne pas risquer d'être accusé d'intolérance par les intolérants. Ce serait la preuve de la "sororité" de certaines "féministes blanches" qui agissent ainsi par un orientalisme condescendant teinté de racisme qu'elles croient être le summum de l'antiracisme et du féminisme. Elles devront un jour en répondre face à l'histoire.

Toute la jeunesse est ciblée au RAMF. Les étudiants sont une des priorités de la Confrérie. Branche estudiantine des Frères Musulmans créée par l'UOIF, le "syndicat" Étudiants Musulmans de France (EMF) avait aussi son stand à la Rencontre islamiste du Bourget. Même s'ils ont fait une percée inquiétante aux dernières élections étudiantes de l'université d'Orléans et, ainsi, intégré le Conseil d'Administration, EMF était plus dans son élément au RAMF que dans les universités.


Étudiants Musulmans de France (EMF) avait son stand à la Rencontre organisée par son association de tutelle

Comme chaque année, il y avait bien sûr des cautions "laïques". En plus de la présence de Vincent Geisser, il y avait également Raphaël Liogier. Dans le temple de l'oppression des femmes dont le voile est le symbole affiché partout, il a déclaré que le voile est aussi une forme de modernité et de féminisme…

Dans cette ambiance ultra sexiste si anodine et agréable pour tout intégriste, Tariq Ramadan aurait pu être présent. Mais, sa braguette ne fonctionnant pas toujours très bien, son agenda overbooké le rend indisponible pour une période indéterminée. En revanche, un stand pour les "#FreeTariqRamadan" était bien là. Ce groupuscule, qui considère Tariq Ramadan comme un gourou, ne cesse de remettre en cause la justice, de dénigrer les plaignantes et a récolté à ce jour près de 170000€ pour le soutenir. Une somme si indécemment élevée qui ne servira évidemment pas qu'à payer ses frais de justice. L'UOIF soutient officiellement le prédicateur depuis plusieurs semaines. L'organisation n'a donc pas prévu de stand pour les plaignantes qui, je le rappelle, sont toutes musulmanes (quitte à être communautariste…) et sont à mille lieues d'avoir les finances et l'armada de Tariq Ramadan. C'est peut-être cela "l'éthique" et le "juste milieu" des islamistes.

Stand en soutien à Tariq Ramadan, RAMF 2018
Dans un discours enflammé de plusieurs minutes, Amar Lasfar n'a pas eu de mots assez forts pour faire l'éloge du prédicateur accusé, selon lui injustement, de multiples viols. Les mots étaient si forts qu'il n'en a pas eu un seul pour les plaignantes. La présomption d'innocence n'empêche pas la prise en considération de la parole des plaignantes, et encore moins une condamnation des insultes ignobles et des menaces de mort qu'elles reçoivent depuis leur dépôt de plainte. Tout est fait pour les décrédibiliser et dissuader toute autre victime présumée de se manifester. En observant la vision de la femme exposée dans les différents stands, les jouets ou les livres vendus, ce déni des femmes potentiellement victimes de viols est cohérent avec l'intégralité de cette Rencontre. C'est aussi en cohérence avec les militants de #FreeTariqRamadan.

Pour parfaire le tableau et confirmer, s'il en était encore besoin, l'adhésion de l'UOIF à l'idéologie frériste, un stand était consacré à la gloire des Frères Musulmans égyptiens. Quelques objets affichant leur symbole étaient distribués gratuitement. C'est la "Rabia", ou la "main du Tamkine", signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013, suite au coup d'État contre Mohamed Morsi en Égypte. Par un marchandising digne d'un club de football, ce symbole était disponible en gants, porte-clés, badges et bonnets.

Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
Le Rassemblement des Frères Musulmans au Bourget, le plus grand rassemblement islamiste d'Europe
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Selon Mohamed Louizi, les quatre doigts représenteraient quatre étapes. L'ultime étape serait le tamkine : la domination politique de l'islam version Frères Musulmans (10). Ce geste de la main a été brandi par toutes les personnalités de la Confrérie, de Youssef Al-Qaradhawi en passant par Erdogan et Rached Ghannouchi (chef du parti islamiste tunisien).
Le r4abia ou main du Tamkine, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Recep T. Erdogan et la rabia, ou r4bia, signe de ralliement des Frères Musulmans depuis 2013
Le discours de clôture se devait d'être parfait dans sa mise en scène. L'affichage d'une vitrine acceptable pour dissimuler son arrière-cour est la marque de fabrique des Frères Musulmans. Deux drapeaux français étaient posés de chaque côté du pupitre, afin de faire savoir que l'UOIF, rebaptisée "Musulmans de France", ne représenterait pas les intégristes musulmans mais l'ensemble des musulmans. Sa vision radicale de l'islam ne le serait pas tant que ça et serait pleinement française. D'autres y verront par ces drapeaux que les Frères Musulmans ont à présent un pied dans la place. Bien-sûr, toutes les femmes adultes présentes avec lui étaient voilées. Ce discours fut justement ouvert par une militante portant le hijab. Nous retrouvons le désir des Frères de mettre des femmes voilées en avant. Cela donne le sentiment d'une forme d'égalité des sexes tout en instillant toujours mieux l'idée qu'une musulmane, et de surcroît pieuse, est forcément voilée. Cette propagande pro voile de l'UOIF contribue à ce que ses partisans appellent le chemin vers le "libre choix".
Ce fut ensuite au tour du président de l'UOIF, Amar Lasfar, de prononcer un discours. Les deux intervenants se déclarèrent républicains et contre l'intégrisme (ils ne manquent pas d'humour) à travers des phrases vagues et consensuelles mais qui rassureront et séduiront toujours un peu plus ceux qui les soutiennent. Amar Lasfar n'en a pas oublié ses fidèles. Pour les rassurer, il a de nouveau affirmé être contre une réforme progressiste de l'islam. On n'en attendait pas moins d'un intégriste.

Nous ne répéterons jamais assez que cette Rencontre concerne uniquement les islamistes. Les autres croyants sont autant choqués que n'importe qui par ce rassemblement qui prétend se faire en leur nom. L'UOIF et son idéologie sont clairement une menace pour la société. Luttons contre cela. Dénonçons ces intégristes pour ne plus les mélanger avec l'ensemble des musulmans. Écoutons enfin les musulmans (de culte et/ou de culture) qui luttent contre les islamistes : l'UOIF ne représentera jamais "les musulmans de France".




(5) Sayyid Sâbiq, Fiqh as-sunna pour les femmes, Maison d'Ennour, réédition 2014.

(6) Abou Bakr Djaber Al-Djazaïri, La voie du musulman, Beyrouth, Liban, 1ère édition 1964, réédition 2004.

(7) Youssef Al-Qaradhawi, Le licite et l’illicite en islam, Paris, Éditions Al Qalam, traduction 1992, réédition 2005.


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La rhétorique d'inversion, la plus belle trouvaille islamiste


Les Frères Musulmans, rejoints plus tard par les néoracistes que sont les racialistes, usent depuis plus de 25 ans de ce que j'ai nommé la "rhétorique d'inversion". Ils instrumentalisent des valeurs et concepts (Droits de l'Homme, féminisme, démocratie, laïcité, etc.) pour les redéfinir à leur convenance afin, ensuite, de mieux les retourner contre la République. L'intérêt est double.

Leur approche identitaire et essentialiste, leur vision totalitaire du monde, des mœurs, de la "race", du "eux" et "nous", leur rejet de la laïcité qu'ils instrumentalisent, la place prédominante qu'ils veulent accorder à la religion dans les affaires publiques et politiques, leur populisme qui utilise les mêmes codes que l'extrême droite traditionnelle, l'antisémitisme de nombre d'entre eux dont l'histoire et les références sont fortement liées au nazisme, les classent à l'extrême droite de l'échiquier politique. La rhétorique d'inversion masque cela. Son premier intérêt est de rassurer et séduire.

L'universalisme, l'égalité entre tous les êtres humains et l'émancipation individuelle leur donnent de l'eczéma, mais c’est à la société qu’ils passent de la pommade à travers des expressions humanistes qu’ils instrumentalisent. Nous retrouvons cette rhétorique d’inversion déclinée dans différents thèmes. Ces racistes deviennent des "militants antiracistes", le sexisme religieux se déclare "féministe", les islamistes rejettent la laïcité et la liberté de conscience mais se présentent comme défenseurs de la "vraie laïcité" ou de la "laïcité ouverte". Ils nous proposent d'accepter l’imposition de leurs valeurs rétrogrades et totalitaires par un autre concept qu'ils récupèrent et inversent : le "vivre ensemble" (qui est en réalité le "vivre dans leur ensemble").

Yasser Louati est l'ex porte-parole du CCIF. Ce militant d'extrême droite qui tient des propos dignes de Jean-Marie Le Pen inverse la situation : il se présente comme militant antiraciste "activiste des droits humains et libertés publiques".

Pour une partie de la société, les islamistes et indigénistes ne pourraient pas être si extrémistes que cela puisqu'ils affirment être antiracistes, féministes, pour la laïcité et le "vivre ensemble". Ils rassurent. Elle voit en eux une sorte d'antidote aux autres islamistes qui s'affichent comme tels. Les Frères Musulmans, par une vraie stratégie politique efficace, sont perçus comme de simples musulmans face aux salafistes qui, trop francs dans leurs intentions et dont la politique leur importe peu, font peur et passent pour des "fous de Dieu".
Le CCIF, association prônant l'intégrisme des Frères Musulmans, a fait de l'inversion un art. Il se présente comme défenseur de la laïcité et de la loi de 1905 tout en étant leur adversaire. Il transgresse par exemple allègrement cette loi, notamment l'article 26, en ayant tenu de nombreux meetings politiques dans des mosquées. Il prétend également défendre la liberté de conscience. Mais cela ne concerne que la liberté d'être intégriste. Les musulmans qui rejettent cet intégrisme ou, pire encore à leurs yeux, ceux qui apostasient, sont qualifiés par le CCIF et leurs partisans de "néoharkis", de traîtres, "d'islamophobes".

Conférence politique du CCIF à la mosquée de Vigneux le 30 avril 2011. Les musulmans progressistes sont qualifiés de "néoharkis", c'est à dire de traîtres, et l'islam des Lumières de "islam du réverbère" (les Frères Musulmans détestent les Lumières. Ils préfèrent l'obscurantisme).

Ce désir de rassurer et séduire ne peut être efficace sans l'autre volet : la victimisation et la culpabilisation. La racialisation de l'islam permet cela. Elle vise à faire de l'adhésion à une religion une appartenance à un peuple. Le musulman devient le Musulman. Les islamistes se présentant comme de simples croyants, toute critique à leur encontre serait une attaque contre l'ensemble des musulmans. Toute crainte et critique de l'islam (l'islamophobie), y compris celle d'une idéologie totalitaire et raciste (l'islamisme), peuvent ainsi être accusées de racisme. Le terme "islamophobie" en devient un synonyme et marque une des plus belles réussites de la rhétorique d'inversion. Grâce ou à cause de cela, une partie des citoyens qui n'a aucun mal à critiquer le catholicisme et dénoncer sa frange intégriste, hésite voire refuse d'avoir la même attitude avec l'islam par crainte d'être perçue comme raciste. D'autres sont même séduits et n'hésitent pas à soutenir les islamistes et indigénistes au nom de la lutte contre les discriminations.
Les premières victimes de cette stratégie sont les musulmans dans leur ensemble. La racialisation de l'islam essentialise l'individu. Il ne peut plus choisir sa foi et encore moins de ne pas en avoir. Il est assigné à résidence. Toute tentative "d'évasion" sera considérée comme une traîtrise par une bonne partie de ses coreligionnaires. Un musulman sera même accusé "d'islamophobie" s'il tente de critiquer les intégristes, comme nous l'avons vu avec le CCIF. Cette racialisation qu'il faut rendre identifiable, non pas par la couleur de la peau mais par des vêtements et des comportements, sert également l'extrême droite traditionnelle dont l'intérêt est de diffuser une image effrayante de tous les musulmans. En cela, les Indigènes de la République, des prédicateurs tels que Tariq Ramadan, le CCIF et autres Lallab sont d'excellents fournisseurs de voix pour le Front National.

Un élément résume la rhétorique d'inversion. Il concentre à lui seul toute la stratégie des islamistes et les confusions entretenues. C'est le port du voile. En dehors du temps de la prière, le voile n'a jamais eu de fonction ou de signification spirituelle. Sa seule raison d'être est un sexisme basé sur une conception moyenâgeuse des femmes : contrôler la libido masculine et tous les problèmes sociétaux par le bâchage de l'objet de tentation que serait le corps féminin.

Par leur obsession sexuelle, leur sexisme maladif, le corps des femmes est le principal champ de bataille et la première arme politique des islamistes, soutenus par les indigénistes, une partie perdue de la gauche et même des féministes. Le voile est leur cheval de Troie.

Patriarcales par essence, les religions ont toujours été combattues par les féministes. Du XIXe siècle à nos jours, ces dernières ont dû affronter leurs représentants politiques et cléricaux pour faire avancer leurs droits et leurs libertés. Elles ont toujours refusé de passer par la lessiveuse du diktat religieux pour définir ce qu'est le féminisme.

Avec l'islam politique, les choses ont changé. Les Frères Musulmans n'usent pas des mêmes méthodes que leurs confrères intégristes catholiques. La rhétorique d'inversion désactive les signaux d'alerte et rend aveugle. Une partie de la gauche et des féministes est séduite par le "féminisme" islamiste. La cause des femmes est devenue secondaire au profit de la racialisation de l'islam : il ne faudrait pas critiquer le voile et son sexisme par crainte de "stigmatiser" LES Musulmans. Les musulmanes qui refusent le voilement sont ainsi perçues comme moins pieuses, voire comme des traîtresses ou "islamophobes" lorsqu'elles militent pour le dénoncer. Ce qui pousse certaines d'entre elles qui désirent être de "bonnes musulmanes" à faire le "libre choix" du port du voile. Par cette essentialisation, des féministes militent justement pour ce "libre choix" au profit de la frange radicale et sexiste d'une religion et au détriment de toutes les femmes. L'islam étant transformé en ethnie, toute critique du voile sera considérée comme raciste. C'est une inversion totale lorsqu'on sait que le voile n'a de raison d'être que pour stigmatiser, discriminer et hiérarchiser une partie de l'humanité. Ce qui est la définition du racisme.
Le voile fait partie des attributs vestimentaires inventés par l'homme pour marquer l'infériorité d'un groupe humain, les femmes. Créé dans l'antiquité, il est le plus ancien marqueur discriminant. Il est aussi le mieux protégé grâce au vernis religieux et "culturel" posé par les intégristes. Le racisme et les stéréotypes basés sur le sexe sont plus acceptés que les autres, qu'on soit croyant ou non. Le voile parait ainsi moins choquant que d'autres attributs discriminants. C'est bien la dénonciation de ce racisme sexuel à travers son marquage vestimentaire qui est accusée de racisme par les intégristes musulmans, accusation reprise en chœur par leurs soutiens dont des féministes… Nous sommes toujours dans la rhétorique d'inversion.
Enfin et surtout, contrairement à d'autres critères discriminants, cette infériorisation basée sur le sexe est intégrée par nombre des personnes concernées qui en deviennent elles-mêmes les promotrices. Cela est rendu possible par la présentation d'un faux choix : être une femme bien ou une "pute", plaire ou déplaire à Dieu, le paradis ou l'enfer. Une femme serait ainsi libre de ne pas se voiler, d'exciter les hommes et d'aller brûler en enfer, tout comme elle serait libre de choisir le bon chemin tracé par Dieu, de "se respecter" et d'aller au paradis. Tel est le choix proposé. La voix des islamistes est si forte que tout discours théologique différent, toute démonstration prouvant que le voile ne relève pas du dogme musulman, sont disqualifiés, parfois violemment. Avec de telles propositions et l'absence d'un contre-discours théologique, que va choisir une musulmane sensible à ces propos ?... La loi des hommes, et les principes universalistes, pèsent peu face au châtiment divin brandi par les intégristes. C'est ce que les islamistes et leurs soutiens nomment le "libre choix". Cela explique la motivation de certaines femmes à se voiler contre vents et marées qui passe pour une force de caractère face à une société qui serait intolérante. Cela est aussi rendu possible par une autre inversion. La femme est un objet sexuel pour les islamistes, mais on la présente comme un objet précieux. Le voile devient un outil de "protection" et de valorisation.
Une contrainte plus ou moins subtile, non visible ou non explicite, ne signifie pas qu'il y a absence de contrainte. Le fait d'avoir choisi le sexisme et la servitude volontaire ne confirme en rien un réel libre choix.

Cerise sur le gâteau, le voile devient même un outil identitaire du "peuple musulman" qui reposerait sur les femmes. L'intransigeance d'une partie des femmes voilées dissimule les raisons d'être du voile et inverse son image aux yeux de certains. Grâce à la rhétorique d'inversion, le sexisme islamiste se transforme en "féminisme islamique", le (partiel) rejet de la mixité devient une forme de rébellion féministe, la mode sexiste du voilement devient la "mode pudique", leur auto-discrimination devient une discrimination de la société.

Revendiquer le sexisme comme une forme de féminisme est une inversion conceptualisée par les Frères Musulmans. Jusque-là, les islamistes justifiaient le port du voile comme une opposition au concept de féminisme et une valorisation des traditions patriarcales. En France, l'UOIF avait créé la Ligue Française de la Femme Musulmane dans le but de convaincre les musulmanes de se voiler et de s'opposer aux féministes, non pas frontalement, mais par un discours "féministe" alternatif à la fois séduisant et culpabilisant qui les désarmerait. D'autres associations ont depuis pris le relais. Les islamistes ont compris qu’il n’y a rien de plus efficace pour lutter contre le féminisme que de se prétendre féministe.

Leur stratégie est si bien pensée qu'ils ont réussi à combiner leur "féminisme" et l'aspect identitaire. Le sexisme en publicité est leur support préféré.
Ils l'utilisèrent pour la première fois dans les années 1990, à travers une publicité mettant en scène une femme nue pour vendre un yaourt Danone. Cette pub n'est plus diffusée depuis 25 ans. Mais elle leur sert encore d'argument aujourd'hui.


Marwan Muhammad en avril 2011, à l'époque porte-parole du CCIF, use de la rhétorique d'inversion en reprenant l'exemple du yaourt utilisé par d'autres islamistes.

Ils extrapolent au maximum ce sujet pour en faire une dénonciation du mode de vie occidental (la liberté pour les femmes de disposer de leur corps, les décolletés et vêtements qui seraient trop courts, les maillots de bain, leur indépendance au détriment de leur rôle "naturel" d’épouse et de mère, la trop grande mixité homme/femme, etc). En pointant ce mode de vie, ils opposent la culture française et l’islam. Ce mode de vie serait français, pas musulman. Pourtant, la France est le pays des musulmans à qui ils s’adressent. Mais ils désignent "eux" et "nous". Nous retrouvons ici la racialisation de l'islam. Ils créent une opposition entre la citoyenneté et le choix (rigoriste) religieux. Si la femme musulmane ne veut pas être un objet sexuel, si elle ne veut pas être impudique comme les femmes de culture française, alors elle ne doit pas "se soumettre à ce mode de vie", comme l'a déclaré le CCIF (1). Elle doit faire le choix de la (vraie) pudeur. Autre discours culpabilisant pour laisser aux femmes musulmanes le "libre choix" entre "l’impudeur" des femmes de notre société et la "pudeur islamique". Ceci dans un seul but : faire la promotion du voile, pour se démarquer et se protéger de cette décadence au profit du rôle spécifique qu’est censé avoir la femme musulmane. Voile qui fait pourtant de la femme un objet sexuel bien plus encore que le marketing sexiste.

Il est vrai que dans les deux cas (le marketing sexiste et le voile) on chosifie la femme. Mais la comparaison s’arrête là. La pub sexiste est considérée par les féministes comme un dérapage qu’il faut stopper car dégradante pour l’image de la femme. Idée globalement admise aujourd’hui par la société. Ce qui poussa, à l'époque, Danone à retirer sa publicité. De plus, elle n’a pas vocation à pousser les femmes à se mettre systématiquement nues pour manger un yaourt, que ce soit en privé ou en public. Et encore moins à pousser toutes les femmes à se mettre nues pour en vendre.

Le voile, lui, n’est pas considéré comme un dérapage sexiste par les islamistes mais comme une norme devant se standardiser pour toutes les musulmanes vertueuses, en privé (si elles sont en présence d’un homme qui n’est pas leur mari ou de leur famille) et en public. Par ce voile, elles deviennent des objets. La pureté et la vertu ne concernent que leur corps et leur sexualité. Leurs qualités humaines et leurs compétences sont secondaires. Ce qui se passe entre leurs cuisses est plus important que ce qui se passe dans leur tête ou dans leur coeur. La réputation, que seules les filles et non les garçons portent sur leurs épaules, est un des baromètres mesurant tout cela. Il faut cacher leur peau et leurs cheveux car les musulmanes seraient responsables de la tentation de leurs bourreaux potentiels. Elles sont des objets sexuels qu’il faut protéger de la convoitise en les empaquetant derrière un voile.

D’un côté nous avons le refus des pubs sexistes par une part toujours plus grande de la société qui les considère comme négative pour l’image de la femme. De l’autre nous avons la promotion du voile, symbole du sexisme, par les islamistes qui chosifient la femme à l’extrême en en faisant un objet sexuel par essence, et qu'ils considèrent comme positif pour l’image de la femme musulmane. En reprenant à leur compte la lutte contre le sexisme en publicité, ils ont inversé les perceptions : la société française ferait de la femme un objet sexuel. L'islam, par le voile, serait le meilleur outil contre cela. Le voile deviendrait une forme de féminisme…

Les intégristes ont également compris qu'investir le féminisme n'est pas suffisant. Pour faire oublier sa raison d'être, il fallait donner l'illusion que le voile est un vêtement confessionnel. Sa discrimination raciste et sexiste passe ainsi pour une innocente pratique religieuse telle que le port d’une croix. Or, depuis quand la croix  est un outil de "pudeur" réduisant la personne qui le porte à un objet sexuel devant être caché pour ne pas susciter l'excitation d'autrui ?
La laïcité leur est un terrain bien plus favorable que celui de l'égalité des sexes. La rhétorique d'inversion leur permet même de lutter plus efficacement contre la laïcité en se présentant, là aussi, comme ses défenseurs. Leur lutte contre la loi de 2004 en est le coeur. Cette loi protège les enfants de l'entrisme du prosélytisme religieux à l'école. Elle protège aussi les jeunes filles du sexisme du voile en tentant de leur montrer qu'être non voilées en société n'a rien d'impudique, tout en leur laissant la possibilité de se voiler en dehors de l'établissement. Le libre choix de la future citoyenne se forge comme cela. Or, les islamistes inversent la situation. Leur critique de la loi de 2004 cache leur désir de bâcher les petites filles pour les habituer au sort qui les attend et désactiver tout processus de décision librement choisi une fois adulte. Il présentent cette loi comme anti laïque car elle briderait la liberté religieuse individuelle (une "liberté individuelle" construite par des collectifs prosélytes)... Toute personne qui les attaquerait sur ces thèmes sera accusée d’opprimer la liberté des musulmanes voilées, de dévoyer la laïcité, voire accusée de fascisme (un comble pour une idéologie totalitaire). "L’islamophobie" en est la redoutable arme politique.

Par son féminisme sexiste, Rokhaya Diallo est actuellement une des militantes les plus en pointe dans la promotion du voile. Elle milite depuis toujours pour la "liberté" du bâchage des femmes. Ayant peu d'arguments de fond, elle reste à la surface du sujet sans jamais entrer dans les détails qui mettraient à mal son discours. Elle utilise deux moyens pour combler ses lacunes : la disqualification de ses interlocuteurs et des formules marketing en usant elle aussi de la rhétorique d'inversion.

Pour éviter de répondre sur le fond face à un homme, elle le renvoie à son pénis. J'en ai fait les frais. Selon elle, en tant qu'homme je n'aurais aucune légitimité à critiquer son soutien au sexisme du voile. Ce serait une façon de dicter aux femmes leurs tenues vestimentaires. Pourtant, le voile a été inventé et prescrit par des hommes. Les théologiens, prédicateurs et imams qui le recommandent sont tous des hommes. Les justifications sont elles aussi tournées uniquement vers les hommes : contrôler la libido masculine par le bâchage de l'objet de tentation. Le voile fait partie du système de domination qu'on appelle "patriarcat". Si aucun homme ne prescrivait le voile, aucune femme ne le porterait. Mais les critiques de Rokhaya Diallo ne sont jamais tournées vers les voileurs, uniquement vers les hommes qui les dénoncent.

Quant aux femmes qui critiquent le voile, sa réponse est toute trouvée : elles sont des féministes "blanches" racistes par essence ou, au mieux, néocolonialistes avec leur concept "occidental" du féminisme. Et les musulmanes qui luttent contre les islamistes et le voilement ? Elle n'en parle jamais.

Lorsqu'elle effleure le terrain des arguments, ses formules relèvent plus du slogan politique et publicitaire que de la réflexion intellectuelle. Elle déclare ici être pour la liberté de porter ou non le voile. Elle déclare là, en répondant à un de mes articles, que le voile serait un marqueur de féminité comme la jupe ou les talons aiguilles (ce qui n'a aucun rapport). Son plus beau slogan marketing est le terme "pro choix". Je l'avais lu pour la première fois chez les promotrices du féminisme des Frères Musulmans, l'association Lallab. Ce comble du cynisme n'est pas un hasard. Elles récupèrent le terme cher aux féministes, slogan dans leur lutte pour le droit à l'IVG. Cette expression résonne dans l'inconscient des français et émeut les partisans de ce droit. Rokhaya Diallo et Lallab le récupèrent pour, là aussi, le détourner, l'inverser et le renvoyer à la société pour créer la confusion dans les esprits. Elles font passer la conquête d'un droit à la liberté de disposer de son corps à travers l'autonomie émancipée de tout dogme religieux et patriarcal, à l'illusion d'une liberté imposée par le patriarcat qui rejette cette autonomie dans sa forme la plus sexiste qui soit. Le bâchage des femmes par injonction d'hommes pour ne pas les exciter sexuellement, et définir la femme "respectable", devient comparable au droit à l'IVG qui permet aux femmes d'avoir une vie sexuelle autonome. Ainsi, lorsque Rohhaya Diallo prononce la formule "pro choix", chacun a en tête le féminisme qu'il associe au voile. Nous retrouvons dans cette récupération les objectifs de la rhétorique d'inversion. Elle tente de rassurer et séduire en comparant le voile à l'IVG. En même temps, elle tente de victimiser les "pro voile" et culpabiliser les féministes : lutter contre l'idéologie du voilement serait comme lutter contre le droit à l'IVG, donc de l'anti féminisme. C'est bien trouvé.

Un "libre choix" qui ne va évidemment que dans un sens. Madame Diallo brandit toujours la "liberté de se voiler" lorsque se manifestent des opposants à l'idéologie véhiculée par le voile. Mais elle n'a jamais dénoncé les prédicateurs et autres intégristes qui expliquent que le voile serait une obligation pour toute musulmane qui se respecterait. Le simple fait de signaler le sexisme du voile est accusé de vouloir l'interdire dans l'absolu. En revanche, les discours des prédicateurs sur l'obligation du port du voile sont perçus comme un "cheminement spirituel" menant vers le "libre choix". C'est la rhétorique d'inversion dans toute sa splendeur. Défendre un seul type de choix n'a jamais été la définition du "libre choix" ou de "pro choix". Si nous ramenions cela à l'IVG, c'est comme si on déclarait défendre la liberté de choisir ou non l'IVG sans jamais soutenir les femmes qui souhaiteraient avorter, tout en soutenant les associations anti-IVG…

Cette rhétorique d'inversion a ses limites. Si Rokhaya Diallo et autres Lallab utilisent tous les jours le terme "liberté", elles utilisent à dose homéopathique le terme "égalité". Pourquoi ? Parce que la liberté peut inclure la servitude, l'égalité la rejette. On peut choisir la servitude volontaire, l'égalité y est opposée. On peut brandir le voile comme une liberté de le mettre. On ne peut pas l'invoquer comme une forme d'égalité avec les hommes.

Malgré ces limites, la rhétorique d'inversion est la plus belle trouvaille des islamistes, naïvement adoptée par leurs soutiens.



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L'Élysée fait appel à un populiste, Yassine Belattar, pour réfléchir à la politique de la ville

L'Élysée fait appel à un populiste, Yassine Belattar, pour réfléchir à la politique de la ville
Source : lemuslimpost.com
Yassine Belattar, animateur radio et humoriste, aurait été sollicité par l’Élysée pour intégrer le Conseil présidentiel des villes. Ce Conseil aurait vocation à "rassembler des personnes issues des quartiers populaires, de tout âge, de tout profil et animées par un engagement et reconnues pour leur expertise". Elles  "seront chargées de nourrir la réflexion du président de la République sur la politique de la ville".

Le choix de Yassine Belattar pose question. Son amitié avec le Président de la République mise à part, rien ne peut justifier une telle sollicitation. Il n'a aucune compétence en la matière, en dehors de ses vociférations pour prendre la défense "des musulmans". Pire encore, au-delà de son attitude agressive et insultante sur les réseaux sociaux qui donne une piètre image de ce qu'il prétend défendre, sa vision de l'islam montre, pour le coup, un vrai engagement pour les intégristes.

Il déclare pourtant qu'"il n'y a pas d'islam politique en France" et qu'il n'est pas proche des Frères Musulmans. On peut y trouver une logique. Si l'islam politique n'existe pas en France, alors les Frères Musulmans n'existent pas en France. En réalité, il adopte la vision de l'islam des Frères Musulmans et n'y voit que l'islam tout court.

Revenons sur un évènement pour nous éclairer. Le 11 mars 2017, "Salut les terriens" (C8) consacra une partie de l’émission à un débat sur l’islamisme : "Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?" (1) Cela n’a pas du tout plu à Yassine Belattar qui inclut les islamistes dans l’ensemble des musulmans. Il a alors tweeté : Ardisson n’aime pas les musulmans. Bravo #SLT. Débat sordide, j’ai honte. Faire de l’audience en caressant le FN.
Yassine Belattar exprime par un tweet son opinion sur l'émission Salut Les Terriens

Il va encore plus loin sur sa page Facebook en accusant Thierry Ardisson d’être une "chemise brune" (couleur d'uniforme de l'organisation paramilitaire du parti nazi). Face à une telle agressivité, l’animateur de l’émission l’invita à s’exprimer sur le plateau la semaine suivante.

Effectivement présent dans l'émission du 18 mars 2017 (2), Yassine Belattar y déclara qu’il y aurait plus de 7 millions de musulmans en France. Pourquoi pas 12 millions ou même 20 millions ? Soyons fous ! Un chiffre fantaisiste sorti d’on ne sait où, typique des populistes. Il expliqua également, la mine grave, qu’il n'y a pas de modération dans la religion. On est musulman ou on ne l'est pas. Les modérés seront ravis d’apprendre qu'eux-mêmes, les Frères musulmans ou les wahhabites, c’est la même chose. Les intégristes de l'islam politique seraient de simples musulmans incompris. Lutter contre l'intégrisme serait alors une lutte contre tous les musulmans... Donc de "l'islamophobie". CQFD. Tout comme le CCIF et l’ensemble des islamistes, il accuse toute critique de l’intégrisme musulman ou de l’islam comme étant raciste et fasciste, tout en prétendant qu’il n’a aucun problème avec la critique. Et les jihadistes ? Ils ne sont pas musulmans selon lui.

Il posa ensuite une question sous forme de boutade, exprimée aussi par des islamistes : c’est quoi un musulman modéré ? C’est un mec qui fait pas 5 prières par jour, il en fait 2 et demi ? Et bien non. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre pour un intégriste qui estime que la modération est une sorte de renoncement à sa pratique religieuse. La modération ne se mesure pas au degré de la pratique du culte mais à son approche. Un musulman modéré considère que la religion ne se porte pas sur la tête avec un voile ou des vêtements masculins souhaitant imiter les bédouins salafis, car l’islam n’est pas une mode et relève de l’intime relation entre Dieu et son fidèle. Un musulman modéré considère que la religion s'exprime pleinement à la maison et à la mosquée. Il considère son pays et ses lois supérieurs à l'Oumma (communauté musulmane supranationale) et aux lois religieuses. Il se sentira autant concerné par les drames tibétains, Nord-Coréens et d’ailleurs que par celui des Palestiniens. Un musulman modéré ne mesurera pas la pudeur d’une femme aux centimètres carrés d’un morceau de tissu sur la tête et en se servant, en plus, de la religion comme prétexte ; la pudeur relève de son langage, de son attitude et concerne garçons et filles de la même façon ; dire "wallah, Haqq Rabbî, la Mecque" toutes les cinq minutes est bien plus impudique que trois mèches de cheveux au vent. Un musulman modéré considère le voile comme un manque de respect envers les femmes, mais aussi un manque de respect envers l’islam et son Prophète car il estime que ce sexisme est contraire à sa religion. Il ne se sent donc pas visé par les lois de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et 2010 (sur le voile intégral). Il les considère même comme parfaitement justifiées. Un musulman modéré ne se sent pas insulté par les caricatures d’intégristes ou même du Prophète. Ce serait de l’idolâtrie, ce qui est un pêché en islam. Seul Dieu peut être adoré et vénéré ; tout en sachant que la liberté d’expression est un bien précieux qui ne doit jamais être remis en question au nom du sacré. Enfin, un musulman modéré regrette la "salafisation" de sa religion et en souhaite ardemment une réforme progressiste. Contrairement aux intégristes, il interprète ses textes sacrés dans leur esprit, non pas à la lettre. En résumé, un musulman modéré considère l’idéologie de Yassine Belattar et de ses collègues islamistes comme néfaste pour sa religion, au-delà des problèmes qu’ils causent à la République.

Avec un tel discours et une telle vision de l'islam, l’animateur-humoriste favorise la peur envers cette religion et pénalise un peu plus l'ensemble des musulmans. Comble du cynisme, il demande à ce que les animateurs soient "pédagogues". Il se demande aussi comment les animateurs donnent la parole à des gens qui ont capté, renforcé voire démocratisé une parole qui a des conséquences dans la vie de tous les jours. C'est à dire une parole qui fait le jeu du FN. En parlant de ces "gens", il ne se rend pas compte qu'il parle de lui-même.

Cette façon de voir les choses en inversant les rôles, en accusant toute opposition à l’islamisme d’être un acte nazi contre les musulmans, cette tendance si naturelle à renforcer le Front National en croyant s’en protéger, c’est l’attitude islamiste dans toute sa splendeur.

Sa rhétorique victimaire et culpabilisante ne sort pas de nulle part. Il est un fervent soutien de l'association qui est idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans en France, le CCIF (Collectif Contre l'Islamophobie en France). Il assura même en 2015 l’animation de sa soirée de gala. Soutenir et assurer la promotion d’une association d’extrême droite pour ensuite faire la leçon à autrui sur les risques de la montée du FN, cela doit être son humour. Plus fort encore : même Marwan Muhammad, l'ex directeur du CCIF, n'aurait pas osé qualifier Thierry Ardisson de nazi.

Yassine Belattar annonce sur Twitter qu'il animera le dîner de gala du CCIF
Yassine Belattar anime le gala du CCIF, 29 mai 2015
Dîner de gala du CCIF, 29 mai 2015
Yassine Bellatar apprécie aussi Tariq Ramadan. Au point d'animer lors de ce gala la mise aux enchères dans la joie et la bonne humeur d'un déjeuner avec le prédicateur, qu'il présenta comme le "George Clooney des musulmans". Comme tout intégriste, Tariq Ramadan est complotiste (il voit des complots j... sionistes partout), homophobe, sexiste, fervent partisan du port du voile et de la non mixité dans certains lieux comme les piscines. Nul ne pouvait ignorer cela lors de cette mise aux enchères, surtout pas Yassine Bellatar. Voilà la personne avec qui l'humoriste proposait de déjeuner moyennant finance pour contribuer au développement d'un collectif islamiste…

Posons-nous la question suivante : si un humoriste "blanc" (pour reprendre le déterminisme des néoracistes) affirmait sa vision intégriste de la religion et le faisait passer pour le véritable catholicisme, s’il se définissait constamment comme chrétien plutôt que de le garder dans son intimité, s’il mettait régulièrement en avant ses convictions religieuses et en faisait un outil politique, s’il ne voyait aucun problème à défendre le sexisme (par le voile ou autre) en arguant Jésus ou les Épîtres aux Corinthiens de Saint-Paul plutôt que l'universalisme, s’il accusait de blasphémateur (équivalent de "islamophobe") ou de raciste toute personne critique envers son idéologie, comment réagirions-nous ? L'Élysée ferait-il appel à un tel personnage pour l'intégrer à un Conseil présidentiel des territoires ruraux ?

Pourtant, cela n’empêche pas certains politiques de faire preuve d’aveuglement, voire de complaisance. Le 29 mars 2017, lors de la campagne pour les élections présidentielles, Yassine Belattar fut invité comme "comédien engagé" à un meeting d’En Marche sur le thème du… populisme. Le mouvement d’Emmanuel Macron invita un populiste (pardon, un "comédien engagé") pour parler de populisme. Il aurait pu inviter une figure plus crédible plutôt qu'un identitaire musulman pro islamiste dont la seule légitimité est sa lumière médiatique par ses activités télévisuelles et d'humoriste. Pourquoi ne pas avoir aussi invité un identitaire d'en face ?

Yassine Belattar invité d'un meeting d'En Marche sur le thème du... populisme

Seuls les liens personnels et politiques que Yassine Belattar a tissés avec LERM, en y ajoutant l'espoir d'un coup de communication pour séduire les "banlieues", expliqueraient qu'il ait été sollicité pour intégrer le Conseil présidentiel des villes, certainement pas ses compétences et encore moins ses convictions.




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